Copyright © 2010 Comité de la Jupe. All Rights Reserved. Snowblind by Themes by bavotasan.com. Powered by WordPress.
Archive for février, 2009
« On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. »
Le prophète Michée, 6, 8.
Simple, en apparence. Bien sûr, jamais la justice n’est parfaite, jamais la bonté n’est pure, jamais le pas de l’homme avec son Dieu n’est sans détour. On n’accomplira pas toute la justice, on ne sera jamais parfait, on trahira toujours un peu son Seigneur. L’homme reste l’homme…
Mais ici, c’est « le rien d’autre » qui intrigue. Il balaye tout ce que l’on se met comme fardeaux inutiles sur le dos. Dieu pousse au mouvement, à la mise en route, à la vie entre frères et soeurs qui se tendent la main.
Pas de culpabilité dévorante, pas de mission impossible, pas de cultes excessifs, mais des yeux ouverts sur autrui, et cette marche humble et confiante en Dieu.
Continue Reading »
Beaucoup d’encre a coulé sur les 3 premiers chapitres du livre de la Genèse qui racontent la création des premiers parents de l’humanité, en deux récits très différents. Et pas toujours pour le meilleur, car ce sont souvent les femmes qui ont fait les frais d’une lecture discriminante et oppressante.
Heureusement, on commence à donner plus de profondeur aux mots qui ont servi à traduire le mot hébreu adama, « glébeux ». Et tout change!
Dépêchez-vous de lire ces pages de Soeur Michèle Jeunet. Un petit vent coulis de libération flotte entre les lignes…
Adam est-il de sexe masculin ? Enjeu de traductions et d’interprétations
S’il est un bouleversement majeur intervenu depuis un siècle, en particulier en Occident, c’est bien celui des relations entre femmes et hommes. Ce bouleversement peut, parmi plusieurs aspects, se décrire comme l’émancipation d’une tutelle. Le domaine juridique en France en constitue une bonne illustration. Il faut attendre 1938 pour que soit supprimée la puissance maritale et abrogée l’incapacité civile des femmes ; attendre 1965 pour que la femme mariée ne soit plus considérée comme mineure ; 1966 pour qu’elle puisse exercer un métier sans avoir besoin de l’autorisation de son mari ; attendre 1970 pour que la puissance paternelle soit remplacée par l’autorité parentale et que soit supprimée, dans le couple, la notion de chef de famille. Ces mesures ont contribué peu à peu à sortir d’un système qui a prévalu pendant des siècles et qu’on a coutume de nommer patriarcal.
Cependant cette émancipation et cette sortie du patriarcat sont loin d’être gagnées dans toutes les parties du monde où des femmes continuent de subir violences et injustices, d’abord comme tout être humain, mais plus encore en tant que femmes. Et loin, encore, d’être acquises dans tous les domaines, il suffit de citer parmi d’autres aspects, en France, la différence de rémunération et l’inégale répartition des tâches domestiques.
Une des questions débattues est d’évaluer la part positive du christianisme dans cette émancipation mais aussi sa part de responsabilité dans la légitimation et le maintien de ce patriarcat au cours de l’histoire.
Sans méconnaître l’apport positif du christianisme, le travail qui est le mien est de comprendre en quoi certaines traductions et interprétations de la Bible ont pu contribuer, légitimer et donc renforcer le maintien d’une situation inégalitaire. Les raisons de cette hiérarchie dépassent largement la sphère chrétienne et religieuse, mais une certaine manière de traduire et d’interpréter les textes a légitimé une situation de fait, ceci avec d’autant plus de force qu’elle se réclamait de l’autorité même de Dieu… Cela permettra de mieux saisir le regret que Jean-Paul II exprimait dans sa lettre aux femmes en juin 1995 :
« Il ne serait certes pas facile de déterminer des responsabilités précises, étant donné le poids des sédimentations culturelles, qui au cours des siècles ont formé les mentalités et les institutions. Mais si, dans ce domaine, on ne peut nier, surtout dans certains contextes historiques, la responsabilité objective de nombreux fils de l’Eglise, je le regrette sincèrement. »
Ce qui suit étudie la manière de considérer l’Adam de Gn 1-3. Je verrai d’abord comment son interprétation peut être source de discrimination, mais aussi comment il est possible d’en faire d’autres lectures. Cela amènera à une réflexion d’herméneutique biblique.
Adam est-il de sexe masculin ? Question provocatrice. Spontanément l’image qui nous vient est celle d’un humain de sexe masculin. En cela, nous sommes tributaires (si nous nous limitons aux 2000 ans qui nous précèdent) des commentaires bibliques et de l’iconographie chrétienne.
I. Deux exemples qui illustrent la réponse affirmative classique.
Prenons deux exemples entre des milliers. Dans la cathédrale de Chartres, une sculpture représente le Christ modelant Adam. Ses traits sont, sans conteste, ceux d’un humain de sexe masculin. Ou encore, dans cette même cathédrale, le vitrail du bon Samaritain qui mêle le récit de Luc 10/25-37 avec celui de Gn 2/4-3/24. On peut y voir la séquence suivante : à gauche Dieu insufflant son haleine de vie (Gn2/7) à un humain visiblement masculin, au centre celui-ci seul, et à droite une humaine de sexe féminin tirée de lui. L’Adam masculin est présent dans les 3 médaillons. La femme est seulement présente dans celui de droite et tirée de l’Adam. Nous avons bien là une lecture de Gn 2 et 3 où le masculin est pensé comme le sexe premier créé et le féminin, créé en second et tirée de lui. Cette manière de lire ne souffre, à ma connaissance, aucune exception. Ce qui fait que, spontanément, nous « dessinons » un Adam sous les traits masculins.
II. Le démenti du chapitre 1 de la Genèse
Pourtant le 1er récit de la création est un démenti de cette image.
« Elohîm dit :’Nous ferons Adâm- le Glébeux- à notre réplique, selon notre ressemblance.
Ils assujettiront le poisson de la mer, le volatile des ciels, la bête, toute la terre, tout reptile qui rampe sur la terre’
Elohîm crée le Glébeux à sa réplique, à la réplique d’Elohîm il le crée, mâle et femelle, il le crée… » Gn 1/26-27
Cette traduction , comme toutes les autres, a ses limites et ses richesses. Elle a l’avantage, en mettant au pluriel l’assujettissement des animaux, ( et en cela fidèle au texte hébreu) d’induire une humanité non réduite à une seule individualité. (Ce que fait aussi la BJ mais pas la TOB). Elle a aussi l’avantage d’éviter de traduire Adam par « homme » (ce que font la BJ et la TOB) Car l’absence dans la langue française d’un terme générique qui soit différent du masculin, induit dans la langue même un effacement du féminin.
André Chouraqui a choisi de traduire Adam par Glébeux, ce qui permet d’entendre le concret de ce mot en hébreu.
On peut cependant regretter l’article devant Glébeux. Car cela induit une image masculine ainsi que l’emploi du pronom personnel « il ». Une bonne traduction théologique qui voudrait inclure le féminin devrait utiliser la typographie inclusive et écrire, sans article : glébeux-se. Mais serait-ce juste ? Ne serait-ce pas vouloir gommer l’inscription culturelle patriarcale de ce texte ? Dans la mesure où cette inscription patriarcale est reconnue, dépassée, et surtout qu’on n’en tire plus des conséquences discriminatoires pour les femmes (comme c’est le cas dans la plupart des commentaires actuels des traductions modernes), cela pourrait ne pas être nécessaire. Cependant, une traduction résolument inclusive a l’avantage de mettre en lumière des présupposés qui plus ou moins inconsciemment nous travaillent encore.
Mais la limite la plus grande est d’employer le pronom personnel masculin pour parler de Dieu. Cet emploi est tellement intériorisé que c’est très récemment qu’il a pu prêter à l’étonnement et au questionnement. Pourtant il est lourd d’une présupposition. Dieu « pensé » au masculin aura son image parfaite dans un Adam au masculin. Il me semble que cela nous affecte différemment selon que nous sommes femme ou homme. L’enfant masculin qui peu à peu accède au langage va entendre parler de Dieu dans les mêmes termes que lui : il, le, lui. Linguistiquement parlant le garçon est du même sexe que Dieu ! Par contre l’enfant féminin entendra parler de Dieu dans les termes qui ne sont pas les siens. Linguistiquement parlant, la fille n’est pas du même sexe que Dieu. Conséquences dont il est difficile de mesurer l’impact. Sens plus fort de l’altérité de Dieu ou sentiment d’exclusion du divin chez les femmes ? Projection de toute puissance chez les hommes ?
Mis à part cela (mais nous y reviendrons) ce 1er récit, quelles que soient les traductions plus ou moins heureuses pour le dire, nous donne un fondement anthropologique d’Adâm, image de Dieu, mâle et femelle dans une parfaite réciprocité. Il n’en est pas de même dans le 2ème récit de la création.
III. La masculinité d’Adam en Genèse 2 et 3
Dans la théologie chrétienne classique jusqu’à maintenant, ces textes ont été interprétés dans le sens d’une création de l’humain en deux étapes : d’abord masculine, ensuite féminine tirée du masculin, et où le nom d’Adam se réfère au seul masculin. En continuant de penser aux enfants, un garçon au catéchisme pourra immédiatement s’identifier à ce Glébeux sorti des mains de Dieu, à qui il s’adresse, qui est son interlocuteur, à qui il donne pouvoir de nomination. Si on le fait prier devant la sculpture de Chartres qui représente le Christ créant Adam, il y verra son visage d’homme. Pour la fille, cette identification ne sera pas immédiate. Parle-t-on d’elle aussi dans ce Glébeux ? Plus globalement, traduction et interprétation de ce texte se sont conjuguées au service d’une image infériorisée des femmes. ( ce sera l’objet de la 2ème partie de notre travail).
Aujourd’hui, un effort est fait pour rectifier cela dans un sens qui n’est plus dévalorisant pour elles. Je vais prendre, parmi d’autres, deux exemples récents.
Le premier chez un auteur catholique, le Père André Wénin. Avec lui, c’est la traduction et l’interprétation qui cherchent à être non-discriminantes.
La seconde chez une auteure protestante, la Pasteure Litta Basset . Elle prend acte dans son livre Le pardon originel, que ce glébeux dans le texte est bien de sexe masculin. Comme Chouraqui, elle traduit le Glébeux à chaque fois que dans le texte il y a Adâm. Mais sa réévaluation du texte dans un sens non-discriminant pour les femmes va porter sur l’interprétation.
Malgré cette différence, nous verrons que leurs positions se rejoignent.
A/ La lecture d’A.Wenin
1- Adam, autant femme que homme et le drame de l’un qui se prend pour l’origine de l’autre
Dans un article paru dans la revue « Croire aujourd’hui », A. Wenin traduit Adam par : « l’humain ». Actuellement, dans la langue française, c’est ce que nous avons trouvé de mieux pour inclure féminin et masculin dans un même mot. Si nous adoptons cette traduction pour Gn 2-3, cela permet, dans une recherche d’anthropologie biblique, de décrire l’homme et la femme comme formé-es de la glèbe, recevant une haleine de vie, posé-es dans le jardin, entendant ensemble la parole d’ouverture à tous les arbres et celle de l’interdiction de l’arbre à connaître le bien et le mal.
Si nous suivons la lecture inclusive d’A.Wenin, le verset 18 du chapitre 2 peut cependant nous arrêter et rendre difficile l’inclusion du féminin et du masculin dans cet-te Adam.
Même si on traduit par : »Le Seigneur dit : il n’est pas bon que l’humain soit seul », on peut se demander qui était-il cet humain seul ? La réponse de l’auteur est de considérer Adam comme l’Humain dont l’être n’est pas encore différencié sexuellement. L’interpréter ainsi (et non comme un Adam masculin) comporte un enjeu anthropologique important. Pourquoi ? Parce que Dieu s’adresse à lui-elle, fait de lui-elle un-e interlocuteur-trice, lui donne un pouvoir de nomination. Dieu l’associe donc à son pouvoir. En donnant un nom, il-elle en devient maître-maîtresse.
Si Adam est toujours cet-te humain indifférencié-e sexuellement, ce pouvoir est potentiellement celui des deux sexes. Si c’est l’Adam uniquement masculin, une lecture fondamentaliste peut se servir, s’est servi et se sert encore de lui, pour introduire une image du masculin différente du féminin, dans le sens d’un pouvoir de gouvernement qui n’est donné qu’à l’Adam masculin. C’est en tout cas une lecture non avertie des exigences critiques d’une éthique de l’égalité homme-femme. Cette interprétation a prévalu pendant des siècles au point d’oublier ou d’occulter l’Adam mâle et femelle de Gn 1.
Telle n’est pas l’interprétation que suggère la traduction d’ A.Wenin.
« Dans le récit, il n’est ni homme ni femme. Ou les deux à la fois. Mais pour le Seigneur Dieu, un tel isolement n’est pas bon. C’est la relation qui fait vivre. »
Très beau commentaire qui dit bien l’enjeu et le bienfait de cette différenciation voulue par Dieu et qu’il va opérer. La suite de son commentaire est encore plus novatrice :
« La torpeur fait perdre connaissance à l’humain. C’est la manière de dire que ce qui constitue un être dans sa singularité échappe forcément…Dieu prend un côté de l’humain puis ferme la chair à sa place. Cette opération signifie que seul un manque, une perte ouvre un être à l’altérité et qu’une relation authentique n’est possible que si le moi accepte d’être blessé, altéré. »
Dans une Bible traduite et commentée comme cela, nous pourrions avoir comme titre à partir du v.27 : « Le premier péché ». Il aurait pour premier auteur l’Adam masculin.
En effet ce qui est dit au v.23, à côté de son aspect positif, peut être questionné. Ce n’est pas une parole de dialogue, Adam ne dit pas : « Tu es os de mes os et chair de ma chair ». Il se parle à lui-même. La communication commence mal ! « Il en fait l’objet de son discours » dit A.Wénin. Mais peut-être encore plus grave, il se donne comme l’origine de « issah » : « Car de ys a été prise celle –ci ». Elle vient de lui.
Cette déclaration se veut parole de savoir. Il croit savoir comment cela s’est passé et qu’elle vient de lui alors que le texte nous a bien dit que c’est Dieu qui est l’auteur de cette différenciation, que l’humain féminin comme l’humain masculin a été tiré comme lui de l’humain par séparation : lui, un côté, elle l’autre. Il croit savoir alors qu’il ignore tout puisque tout s’est passé dans un sommeil. Quelle aurait dû être la parole juste ? Peut-être interroger Dieu sur ce qui vient de se passer, sur le mystère accompli, et s’adresser à cette autre maintenant devant lui ? Au contraire, poursuit A.Wénin :
« On le voit ainsi reprendre connaissance en gommant ce qu’il ignore, à savoir l’action divine qui a fait de la femme un être singulier, différent de lui. On le voit aussi prendre sur elle un pouvoir que Dieu avait donné à l’humain sur les animaux, le pouvoir de nommer. »
Si cette remarque est juste, elle devient un bon exemple de la manière dont une lecture biblique est toujours voilée par des présupposés. On va pointer le péché de la femme en Gn 3/6 et ne pas remarquer cet autre peut-être encore plus grave et qui n’a pas même besoin d’un tentateur extérieur !
Premier péché donc mais qui est aussi celui de la femme. Celui-là aussi a été voilé et combien il est nécessaire qu’il soit dévoilé. Le péché, ici, au féminin, est le silence. Elle ne dit rien, se laisse dire. Se laisse prendre dans ce refus d’une vraie altérité, au profit du même. Elle se laisse nommer par un autre. Ce mutisme est autant refus de dialogue que le « parler à soi même » de l’humain masculin. Il dit un péché de soumission à l’injustice dont on est victime et donc une possible complicité avec son propre malheur. La femme ici le commet : par son silence elle accrédite la parole qui fait d’elle un objet dont on parle, au lieu d’être sujet parlant.
Le texte même à partir du verset 25 à l’air d’entériner cette situation. En effet pour parler de l’humain masculin, le texte va simplement dire l’humain (l’Adam ou le Glébeux, ou l’homme selon les traductions). Comme si le masculin était simplement l’humain à lui tout seul. Simplement et c’est bien là la faute. Au lieu d’accueillir l’altérité comme un don, le manque comme l’espace d’une vraie rencontre, l’Adam masculin va se vivre comme le sexe premier, parfait, exemplaire et le féminin comme dérivé de lui. Nous verrons que ceci est au fondement de toute l’anthropologie classique qui va s’élaborer à partir d’une interprétation de l’Adam au masculin.
2-Premier élément d’herméneutique biblique
A partir de cette lecture, on peut tirer un premier élément d’herméneutique biblique. Parmi les éléments nouveaux de traduction et d’interprétation d’André Wénin, il y a cette critique de ce qui est souvent commenté comme un cri d’admiration de la part de l’Adam masculin. Ici, ce cri est interprété de manière négative : se prendre pour l’origine d’une autre, une première parole qui n’est que parole à soi-même. Ce premier élément d’herméneutique, ce pourrait être le discernement.
Ce n’est pas parce que c’est écrit que c’est forcément ce que Dieu veut et ce n’est pas forcément l’expression de sa volonté. Ne pas s’extasier devant ce cri, comme si parce que écrit, il était selon Dieu, mais y discerner le piège à éviter. Discerner, c’est faire du tri entre la conformité au désir de Dieu et ce qui s’y oppose. Ceci au niveau du texte lui-même mais avec encore plus de vigilance, au niveau de ses traductions et de ses interprétations. Ici le texte dit des chemins de malheurs non pour nous accabler mais pour nous alerter, nous éveiller, nous détourner des chemins qui sont des impasses. Encore faut-il les entendre !
Cet élément d’herméneutique biblique, il me semble, peut être une réponse à certaines critiques féministes. La Bible ne dit pas uniquement ce qui est bon, ce que l’on doit faire, elle raconte une histoire, faite de ténèbres et de lumières, de péché et de grâce, d’impasses et de routes sûres. Mais c’est à nous de pas prendre une ténèbre pour de la lumière.
3- Critique de cette lecture et 2ème élément d’herméneutique
On peut cependant ne pas être complètement convaincu par ce commentaire d’André Wénin, car beaucoup d’éléments du texte contredisent cette lecture ! Les innombrables commentaires de ces textes auraient été différents si, par exemple, il avait été écrit au verset 22 : « De la côte qu’il avait tirée de la femme, Yahvé façonna un homme et l’amena à la femme » au lieu du verset : « de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé façonna une femme et l’amena à l’homme. »
D’autant plus que Dieu se conduit de la même manière pour la femme et les animaux : il la conduit vers Adam. Ce geste induit que l’Adam avant son sommeil était déjà l’Adam masculin.
La suite du texte renforce cette position : le maintien du mot Adam pour le seul être masculin distinct de celle qui est dite femme ; la question que Dieu adresse au singulier au seul Adam masculin : « Où es-tu ? » et le dialogue qui ne se fait qu’entre eux deux ; un dialogue avec la femme qui ne vient qu’en second à cause de l’accusation du Glébeux ; le reproche que Dieu fait à Adam d’avoir écouté sa femme en Gn3/17 (un verset qui aura une belle postérité !) ; Dieu chassant le Glébeux, comme s’il était seul, comme si seul lui compte, comme s’il représentait le tout de l’humain.
De ce fait, on ne peut entendre qu’au masculin l’Adam de Gn 2/22 et 24.
Peut-on encore appliquer le principe du discernement énoncé plus haut ?
Il semble que non, tant le fait est massif. Un autre élément d’herméneutique s’impose. D’abord ce qui peut s’énoncer de manière simple : faire une lecture qui prend en compte, pour le relativiser, le contexte culturel de l’auteur. Cette lecture peut prendre appui sur un principe général de la Commission biblique pontificale : une « approche (par l’anthropologie culturelle) permet de mieux distinguer les éléments permanents du message biblique qui ont leur fondement dans la nature humaine et les déterminations contingentes, dues à des cultures particulières ». Ici les déterminations contingentes relèvent de la culture patriarcale et androcentrique qui les ont vu naître. Mais voyons maintenant la position de Litta Basset qui ne remet pas en cause la masculinité d’Adam et nous introduit à un troisième élément d’herméneutique.
B/ Lecture de Litta Basset
1-Adam, l’humain masculin dans un texte qui décrit le mal déjà là
Litta Basset introduit un autre élément d’herméneutique qui me semble encore plus vigoureux : aucun texte biblique n’est écrit avant le péché ! Même un texte qui parlerait d’un temps avant le péché ! Elle écrit :
« L’auteur du texte parle à partir du monde où il vit, un monde indissociable du mal, un monde où le mal va tellement de soi qu’on ne le mentionne pas, pas plus qu’on ne mentionne le non respect dont la femme est l’objet. En effet, le non-respect de la femme dans le texte suffit à attester que le mal est là dès les origines, indépendamment du drame du jardin. »
Beaucoup de femmes, aujourd’hui dans le monde, peuvent voir dans Gn 2-3, une situation qui malheureusement est la leur.
Ce principe herméneutique rejoint celui de Paul Ricoeur dans sa si belle interprétation du péché originel :
« Le mythe adamique révèle en même temps cet aspect mystérieux du mal, à savoir que si chacun de nous le commence, l’inaugure…chacun de nous aussi le trouve, le trouve déjà là, en lui, hors de lui, avant lui. Pour toute conscience qui s’éveille à la prise de responsabilité, le mal est déjà là ; en reportant sur un ancêtre lointain, l’origine du mal, le mythe découvre la situation de tout homme : cela a déjà eu lieu. »
Pour lui, ce texte n’explique rien mais exprime l’expérience humaine. Il est parole de Dieu en tant que :
« Pouvoir révélant concernant la condition humaine dans son ensemble …
Quelque chose est découvert, descellé, qui sans le mythe serait resté couvert, scellé. »
Cette fonction du mythe qui découvre et descelle peut se comprendre de manière vivante. Ce n’est pas une fois pour toutes qu’il permet de découvrir et de desceller. Sa fonction de découverte peut être aujourd’hui neuve et nous ouvrir à une compréhension encore jamais mise à nue.
C’est à cela que se livre Litta Basset en disant que le mal est à l’intérieur du texte même. Ceci, non pas pour justifier la hiérarchie des sexes mais pour la dénoncer et permettre au texte d’être un révélateur du mal au féminin. En ce sens il peut révéler du neuf, dévoilé du caché, descellé ce qui était encore scellé.
2-Descriptif du mal déjà là
Ce mal, Litta Basset le décline en plusieurs points :
- L’Adam masculin conçu comme le seul interlocuteur de Dieu (dans le texte, Dieu ne s’adresse à la femme que pour lui signifier sa faute).
- la femme est faite pour l’homme : elle est tirée de lui, faite pour lui, référée à lui, son être ne se conçoit qu’en fonction de l’humain masculin. Etre la femme d’un homme est sa vocation et sa raison d’être.
- L’Adam masculin est associé au pouvoir créateur de Dieu pour qui nommer, c’est faire exister. Les animaux sont nommés selon lui et pas selon elle. Sa vison et sa nomination masculine est universelle sans avoir besoin de celle de la femme.
- l’Adam masculin proclame le nom de la femme comme il l’a fait pour les animaux, donc exerçant un droit de souveraineté sur elle.
- Quand, dans le texte, la femme apparaît seule ( non référée, on pourrait dire « déliée » du masculin,) cela se révèle une catastrophe. En quelques versets est décrit un sexisme de tous les temps : femme sensuelle, jalouse, déficiente.
- L’Adam est celui qui se croit seul : les quatre « je » de Gn3/10
Ainsi dans ce jardin règne déjà le mal sous la forme de la non-considération de la femme comme personne à part entière. Ce monde du texte est de tous les temps. Cette exclusion du féminin, cette dévalorisation, cette instrumentalisation sont exemplaires de toutes les formes d’exclusion de l’autre.
Ce texte est Parole de Dieu au sens où il révèle un mal occulté. Cependant si bien occulté qu’il faut attendre vingt siècles pour qu’une théologienne comme L.Basset et d’une autre manière comme A. Wenin, puissent l’ exposer.
Pourquoi aujourd’hui peut-on faire ces lectures tellement différentes de celles qui ont eu cours jusqu’à maintenant ?
3-3ème élément d’herméneutique : la chance d’un écart
Une des réponses possibles consiste à dire que le monde du lecteur de ce texte aujourd’hui n’est plus le même que celui de son auteur et des commentateurs anciens. Expliquons-nous en reprenant l’analyse de P.Ricoeur telle qu’elle a été si bien expliquée par Daniel Marguerat et Yvan Bourquin.
En amont d’un texte, il y a le monde expérimenté par l’auteur et en aval, le monde où vit le lecteur.
« Pour que la lecture soit une authentique expérience, il faut que le texte ne coïncide pas en tous points avec le monde du lecteur. Si monde du récit et monde du lecteur sont superposables, alors la lecture ne dégage qu’un effet de miroir. Le lecteur se retrouve lui-même. En revanche, plus la distance est forte entre récit et lecteur , plus le retour au monde du lecteur sera fécond d’interrogation…Contre toute appropriation immédiate du texte, il faut insister avec Ricoeur, sur l’altérité comme dimension fondamentale du rapport au texte…Cette remarque est de grande importance pour la lecture biblique. Elle fait prendre conscience que l’éloignement (historique, culturel) des textes bibliques, s’il est un handicap pour une actualisation immédiate, fonctionne en réalité comme condition de possibilité d’une authentique quête de signification. Il faut postuler une étrangeté du texte face au monde du lecteur qui fait de la lecture une opération de dé-contextualisation et de re-contextualisation »
Jusqu’à récemment, ce texte, en ce qui concerne le rapport du masculin et du féminin, a fonctionné comme miroir : le monde patriarcal du lecteur était le monde patriarcal de l’auteur : aucune distance, l’un approuve l’autre et réciproquement ! C’est la situation de l’écart qui est la nôtre, maintenant, qui peut faire surgir un questionnement nouveau, une compréhension nouvelle.
Ce miroir a fonctionné pendant vingt siècles où notre question de l’Adam masculin n’en était pas une mais était une évidence. Cette masculinité d’Adam sur la compréhension du féminin et du masculin dans l’anthropologie chrétienne a été à la source de discrimination envers les femmes.
Sr Michèle Jeunet, rc
Article paru dans la revue Archivo per la storia delle donne
sous la direction de Adriana Valerio
Continue Reading »
Soeur Jane (au centre), l’une des quatre soeurs de la Congrégation des soeurs de Notre-Dame-de-Namur, à laquelle appartenait Soeur Dorothée (en portrait), assassinée il y a quatre ans par des hommes de paille des grands propriétaires terriens d’Amazonie, au Brésil, disait, à l’occasion de la célébration de cet anniversaire, le 11 février 2009 :
« Notre combat se résume en une phrase : nous luttons pour que ce peuple soit le maître de sa propre histoire. »
Continue Reading »
La bioéthique, c’est important, grave, complexe, bref, ça fait trembler. Aux Etats généraux de la bioéthique ouverts le 4 février dernier, on parlera de tas de choses fort complexes, dont même l’intitulé m’intimide, mais qui tournent toutes autour de la vie, à sa naissance et à son terme.
L’Eglise s’y prépare. Avec courage, elle essaie de contenir les strictes ambitions scientifiques, dont chacun sait que, si rien ne les tempère, elles peuvent devenir « folles », masquer une volonté d’emprise, une inextinguible soif de pouvoir, ou plus simplement être portées par cette idéologie primaire que tout découverte serait un « progrès », donc bonne et à mettre en pratique.
Pour faire entendre sa voix, la Conférence des évêques a donc institué une commission de six évêques (Messeigneurs P. d’Ornellas, H. Brincard, G. Defois, M. Fréchard, G. Thomazeau, N. Turini.) et a beaucoup travaillé (voir le site de la conférence). Vaste et profonde mobilisation, tant mieux.
Après le fond, la forme. Modeste, réaliste, Monseigneur Carré reconnaît que : « nous ne sommes pas des spécialistes ». Et Mgr d’Ornellas de poursuivre, (février 08, session à La Hublais) :
« Notre travail consiste pour le moment à écouter de nombreuses personnes du monde scientifique, médical, juridique, politique….».
Dans un second temps, les évêques se sont entourés d’experts, (3ou 4) au sein de chaque diocèse. A former, pour qu’ensuite, ils forment. Réunis à Paris le 13 décembre pour se connaître et se former. Bon, « c’est du sérieux »!
Mais j’en viens à ce dont personne, absolument personne ne parle, à la question que personne, absolument personne ne soulève, tellement on ne la voit pas, tellement elle est comme le nez au milieu de la figure : où sont les femmes? Six évêques, cela ne fait pas beaucoup de femmes…
Et pourtant… Souvenez-vous, ces vibrantes et flatteuses homélies sur la présence « de grand prix » des femmes lors de la Passion de Jésus, au tombeau le matin de la Résurrection, de ces femmes dont les clercs aiment nous dire qu’elles sont « au plus près de la vie », qu’elles en sont les « gardiennes » lorsqu’elle est naissante, fragile ou menacée.
Alors? N’est-ce pas la vie, dans ses marges, précisément, qui est ici en débat?
Eh bien, fini! Les femmes ont disparu de la scène… Mesdames, ne confondez pas tout : dans l’Evangile, d’accord, il y a des femmes qui agissent, mais dans nos commissions, non, c’est une affaire sérieuse, une affaire d’hommes.
« Mais non », dit cependant une petite voix en moi, tout n’est pas aussi tranché : Monseigneur Daucourt de Nanterre (et peut-être d’autres) donne la parole à une femme, médecin et théologienne, pour mener des conférences sur le sujet.
Peut-être aussi la plupart des membres de cette commission sont-ils prudents, modestes, prêts à écouter « même » des femmes. Peut-être même voudraient-ils être « épaulés », par elles, ou même encore les laisser monter sur le devant de la scène? Pourquoi ne le font-ils pas?
Pourquoi s’exposent-ils à ce contresens, à cette distorsion de la réalité humaine et du message évangélique en confisquant une décision qui ne les concerne souvent qu’indirectement, alors qu’elle touche souvent directement des femmes qui, elles… ne sont ni entendues en tant que femmes, ni décisionnaires!
N’ont-ils pas peur du ridicule à engager ainsi la responsabilité morale de toute l’Eglise catholique du simple fait de leur masculinité, alors que la bioéthique est à mille lieues du souvenir de l’institution de l’eucharistie qui, selon la discipline en vigueur, rend la masculinité décisive?
Ministère ordonné et gouvernement de l’Eglise sont deux réalités dont la connexion est aujourd’hui périlleuse pour l’Evangile lui-même. S’y ajoute le fait que l’image donnée par ces tribunes exclusivement masculines est désastreuse et contre productive : ces hommes peuvent-ils témoigner de ce que c’est que de s’allonger sur un lit gynécologique? Que d’y attendre un don de sperme (Je souhaiterais qu’il aient donné le leur, peut-être l’ont-ils fait, au moins pour partager le sort de ces hommes) ? Que de sentir bouger un enfant en soi? Que de souffrir de stérilité (qui est la première souffrance exaucée par Dieu dans la Bible, lorsque, au chapitre 18 du livre de la Genèse, les trois envoyés de Dieu promettent à Sara un fils) ? Que de mettre au monde un enfant meurtri pour la vie? Que savent-ils des sentiments d’une femme? Peuvent-ils débattre du sentiment maternel : inné ou acquis?
Pour moi, j’ai choisi, comme, hélas, la plupart de mes contemporains : je voudrais les écouter, mais ils font tout pour que je ne les écoute plus.
Parce que, de deux choses l’une : ou bien la bioéthique est une affaire de spécialistes et alors les évêques ne sont pas, a priori, compétents.
Ou bien elle est un sujet de société, à débattre avec sagesse, et alors elle est celle de tous, hommes et femmes.
Et la plus élémentaire des sagesses (mais non la seule!) n’est-elle pas la représentativité du collège qui débat?
Continue Reading »Voici un commentaire déposé sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, correspondante de La Croix à Rome.
Bonsoir Isabelle, je suis désolée, mais je vous tiens grief de votre recension du 29 janvier 09 du livre d’Elisabeth Dufourcq, « Histoire des chrétiennes, l’autre moitié de l’Evangile ».
Vous annoncez d’emblée que les femmes chrétiennes sont légion et bonnes croyantes. Soit.
Mais vous en déduisez aussitôt : « Ce livre offre un démenti massif à ceux qui voudraient réduire le christianisme à une vaste entreprise de misogynie. » Mais d’abord, qui a dit que le christianisme n’était que cela? Et surtout, je sens la défausse : Suffirait-il que des femmes existent et soient chrétiennes pour que l’Eglise ne soit pas misogyne? Je trouve cette hypocrisie assez redoutable et je la vois pratiquée quotidiennement dans mon Eglise :
« Comme vous êtes nombreuses! Vous êtes partout. Donc, l’Eglise n’est pas misogyne. » Et la boucle est bouclée : « circulez, il n’y a rien à voir! »
Il est temps de démasquer la tromperie contenue dans de tels propos.
Il me semble qu’il y a certaines causes où il faut oublier de donner un coup à gauche un coup à droite, pour faire bonne mesure. Là, c’est tellement flagrant, tellement incontestable, cette misogynie ecclésiale, qu’il faut choisir son camp et pour de bon; j’espère vous y retrouver.
Cordialement.
Anne Soupa, Comité de la jupe.
Oui, à la suite des propos de Monseigneur Vingt- Trois, nous avons porté plainte devant l’Officialité. Nous l’avons fait parce que l’offense subie était insupportable. Des excuses ont été faites, la page est tournée. Mais cet incident est riche en enseignements. Beaucoup ont pris leur plume. Lettres ouvertes, missives personnelles ou collectives, menaces de « grève des femmes ». Nous sommes heureuses que notre démarche ait été décisive.
Et nous croyons que si elle a impressionné et s’est acquis des suffrages, c’est d’abord en raison de son caractère ecclésial. En effet, elle s’appuie sur cette recommandation de Jésus d’exercer, lorsque la communion est mise en péril, la correction fraternelle dont l’Eglise offre le privilège à tout baptisé. Elle n’entame pas l’unité, mais au contraire, elle la régénère.
Mais — et le plus important est là — l’ampleur des réactions nous appelle à réfléchir, à partir de la question de la femme. D’où vient que tant de gens se soient plaint ? Que tant de femmes aient pensé « trop, c’est trop »? Malaise dans l’Eglise. Certains aimeraient faire croire que la responsabilité en revient aux seules femmes, qui seraient en mal de reconnaissance… Quelle subtile manifestation du machisme ordinaire ! C’est tout l’équilibre des relations hommes-femmes dans l’Eglise qui est à reconsidérer : lorsqu’un membre du corps souffre, tout le corps souffre, dit saint Paul.
Nous savons bien que l’Eglise est largement composée de femmes : dans le service liturgique, dans la catéchèse, dans les sphères de la formation, dans les aumôneries. Leurs capacités ne laissent rien à désirer à celles des hommes et les défauts des uns et des autres sont, sans la moindre intervention de quotas, à leur naturelle parité…
Mais les responsabilités : ministères ordonnés et institués, prédication, participation aux synodes de l’Eglise « universelle » (!) et aux conclaves sont, elles, exclusivement masculines. Que peut penser aujourd’hui une femme – et même un homme – au spectacle de ces somptueuses assemblées vaticanes où les robes tiennent lieu de jupes ? Que peuvent-ils penser, sinon que leur Eglise est mutilée de sa moitié ?
Où se tenir, alors ? Rester muets à l’intérieur de l’Eglise et parier que la foi sera la plus forte ? Ou bien déserter, non sans honte ni tristesse, et sur la pointe des pieds, comme on l’a trop souvent constaté. Bientôt les religieuses apostoliques aussi auront disparu du paysage ecclésial. Se demande-t-on pourquoi ? Qui fera l’histoire de cette monstrueuse et inutile hémorragie féminine, entamée au XXe siècle et que rien ne freine aujourd’hui ?
« Femmes » et « Eglise », sont-ce là deux mots qui se repoussent ?
La première conséquence de cette désertion est que l’Eglise s’est appauvrie de forces qui auraient dû lui être acquises, car Jésus a appelé les femmes autant que les hommes. Il faut en effet un bel entêtement pour croire que la masculinité de Jésus prive de
Comme beaucoup a déjà été dit sur cette obstination à ne pas voir les bienfaits de la différence (pourtant prônée), j’en viens à l’autre conséquence, bien plus grave, de cette confiscation masculine. Aujourd’hui, dans une société où droits et devoirs sont identiques pour tous, l’Eglise ne peut pas, de son seul hémisphère masculin, assurer la transmission de l’Evangile.
Qu’importent alors « la cause des femmes », la reconnaissance de leur identité et de leurs mérites, ou même la réparation des dommages subis, dès l’instant où c’est le message évangélique, ce bien commun que nous chérissons tous, qui risque de se perdre ? Pourquoi refuser d’ouvrir les yeux ? Comment ne pas vouloir tout mettre en œuvre pour se prémunir d’un tel malheur ?
Hommes et femmes doivent aujourd’hui, poussés par l’amour du Christ, dans l’honnêteté et l’humilité, se hâter de chercher les conditions d’une transmission féconde de l’Evangile.
Si « vivante est la Parole », elle doit jaillir d’une Eglise vivante, constituée, comme s’en réjouissait déjà l’auteur de l’Epître à Diognète (IIe siècle), d’hommes et de femmes « qui se conforment aux usages locaux pour la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires de leur république spirituelle. »
Voilà les réalités actuelles sur lesquelles le groupe que nous avons spontanément constitué va tenter de réfléchir. Monsieur le Président de la Conférence des Évêques, Messeigneurs les évêques, puisque vous dites avoir à cœur d’entendre ce que les femmes peuvent apporter à la transmission de l’Evangile, pourquoi ne pas en faire l’un des thèmes de la prochaine assemblée de la conférence des Évêques de France.
Il y a si longtemps que la question n’a pas été à l’ordre du jour… Et nous sommes évidement prêtes à apporter à ce projet notre contribution, même modeste.
Anne Soupa, présidente du « Comité de la jupe »
Dès qu’on sort un peu de sa sacristie, le constat est toujours le même : femmes et religions ne filent pas toujours le parfait amour. Et les raisons sont identiques :
1° main mise masculine sur le corps des femmes (voile, encyclique sur la contraception…)
2° On parle à leur place
Voici deux portraits de femmes musulmanes croyantes, l’une américaine, l’autre marocaine.
Qui est Amina Wadud, cette musulmane américaine qui fait scandale en prêchant aujourd’hui à New York ?
C’est une intellectuelle, professeure dans une université de Virginie, une Afro-américaine convertie à l’islam et qui connaît très bien l’arabe. Elle est spécialiste de la question de la femme dans le Coran et veut relire la religion musulmane de l’intérieur. Amina Wadud porte par exemple le voile, mais elle peut l’enlever, elle n’en fait pas une question de principe. Elle remet en cause l’islam patriarcal, se dit totalement opposée à la lapidation et à la polygamie. Contre l’interprétation littérale, elle justifie cette position en affirmant que le Coran est un texte historique et qu’elle vit l’esprit de l’islam dans l’histoire. Si elle prône l’égalité absolue entre hommes et femmes, sa démarche est très individualiste, elle ne prétend parler qu’en son nom.
Est-elle néanmoins représentative d’une tendance chez les musulmans américains ?
Elle appartient au nouvel islam réformé qui est en train de naître aux Etats-Unis depuis deux ou trois ans et qui n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Il s’agit d’un courant encore très minoritaire révélé par le 11-Septembre. Les attentats de 2001 ont permis à cette mouvance qui se veut ouverte aux minorités, ethniques et autres, de s’exprimer ouvertement. Elle a conquis l’espace public, en utilisant notamment l’Internet.
Cet islam américain réformiste est-il limité à la côte Est ?
Non, on le trouve partout aux Etats-Unis, mais c’est un courant très éclaté en multiples groupes, qui communiquent et débattent grâce à de nombreux sites web (voir, par exemple Muslim WakeUp !. Ses représentants sont des jeunes de la nouvelle génération, nés aux Etats-Unis, élevés dans la religion mais qui refuse de la pratiquer comme leurs parents. Ils ne veulent plus de cet islam très conservateur, avec ses mosquées installées dans des enclaves ethniques, souvent dans les banlieues des grandes villes. Parmi eux, on trouve des étudiants, de journalistes, des femmes qui ne portent pas le voile mais se définissent comme très pieuses, d’autres qui portent le hidjab. Et aussi des noirs américains, car ce mouvement tente de dépasser le clivage qui reste fort entre « Black Muslims » (40% des 5 à 6 millions de musulmans qui vivent sur le sol américain) et musulmans d’origine indo-pakistanaise ou arabe.
Comment ces nouveaux Musulmans sont-ils perçus par leurs coreligionnaires qui vivent aux Etats-Unis ?
Aucune mosquée à New York n’a voulu accueillir le prêche d’Amida Wadud, qui préfère elle aussi prendre ses distances avec les mosquées conservatrices : la prière se fait dans une galerie d’art de Soho (1). L’année dernière, la journaliste et écrivain d’origine pakistanaise Asra Nomani a été exclue de sa mosquée pour avoir milité pour que les femmes puissent entrer par la porte de devant, réservée aux hommes. C’est dire que ce mouvement est encore marginal, même si certains veulent maintenant ouvrir leur propre mosquée.
Par Judith RUEFF, liberation.fr
Qui est Nadia Yassine ?
Nadia Yassine est née à Casablanca en 1958.
Fille de Abdessalam Yassine, fondateur du mouvement ismaliste Al Adl Wal Ihsane.
Elle enseigne la langue française pendant 4 ans, avant de démissionner pour se consacrer à l’action militante au sein du mouvement, surtout après le second emprisonnement de son père (1983-1985).
Fondatrice et dirigeante de la section féminine du mouvement Al Adl Wal Ihsane.
Elle a dû s’occuper seule de ses quatre filles après que son mari, Abdallah Chibani, ait été arrêté et emprisonné pendant deux ans en compagnie des membres du conseil d’orientation du mouvement (1990-1992).
Conférencière et auteure de plusieurs articles, elle compte aussi à son actif un grand nombre d’interviews, parus dans des journaux aussi divers que Le Monde, El Païs, Achark Al Awsat, Der Spiegel, Le Journal Hebdomadaire, The Times, US News… Et aussi sur plusieurs sites comme islamonline.net, oumma.com…
Son premier livre « Toutes Voiles Dehors » a été publié en 2003 aux éditions « Le Fennec » au Maroc, et « Altereditions » en France. D’autres ouvrages sont en préparation.
Elle a en outre accordé des entretiens à plusieurs radios et télés de par le monde, comme ARTE, France3, France5, la BBC, RFI, Radio Orient, OummaTV, Radio Canada, et d’autres…
Continue Reading »
« Un sermon doit être comme la jupe d’une femme, assez long pour couvrir le sujet, mais assez court pour être intéressant . »
Père Le Doux, curé de la paroisse saint Augustin à La Nouvelle Orléans, 76 ans.
Continue Reading »31 janvier 09
Gisèle Halimi, fortement impliquée sur la question du droit à l’avortement était-elle la personne la plus idoine pour « couvrir » de ses commentaires une naissance aussi exceptionnelle que celle des huit bébés californiens?
C’était pourtant le choix de Dominique Souchier sur Europe 1, ce matin, 31 janvier, dans l’émission : « C’est arrivé cette semaine ». Je respecte Gisèle Halimi et n’ai aucun commentaire à faire sur ce sujet.
Mais depuis ces jours-ci, ces huit bébés sont là, et « faire » tout ce sujet en ne parlant que du droit à l’avortement me choque : devant la vie, n’est-il pas étrange de se défendre avec des paroles de mort? Et ceci alors que la mère se réjouit et parle de les nourrir tous… Mais de quel droit ?
Et surtout, n’y avait-il pas le moindre mot de bienvenue à dire à ces bébés avant de se demander si et comment on aurait pu les passer à la trappe? N’a-t-on pas souci de « dire le bien pour eux », qui sont désormais des êtres vivants promis à un avenir?
Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’Aldo Naouri en rajoute en rappelant (dans l’émission, et seul autre intervenant) que, jadis, les naissances gemellaires étaient considérées comme monstrueuses. Et on se dit psy, en faisant porter sur des nouveaux-nés une telle évocation!
Je ne suis pas une idéologue, et ne me prononce pas au fond sur des matières aussi délicates; mais quand la vie est là, que les huit bébés sont vivants, que la maman se dit heureuse, que l’on n’est pas directement concerné, que cette naissance ne porte tort à personne, que personne ne vous demande de dire que les grossesses de huit sont de bonnes choses, et que, malgré tout, on chipote et on fait la fine bouche, alors, je pense qu’une idélogie assez dévastatrice est en train de montrer le bout de son nez. Anne Soupa
Continue Reading »31 janvier 09
Gisèle Halimi, fortement impliquée sur la question du droit à l’avortement était-elle la personne la plus idoine pour « couvrir » de ses commentaires une naissance aussi exceptionnelle que celle des huit bébés californiens ?
C’était pourtant le choix de Dominique Souchier sur Europe 1, ce matin, 31 janvier, dans l’émission : « C’est arrivé cette semaine ». Je respecte Gisèle Halimi et n’ai aucun commentaire à faire sur ce sujet.
Mais depuis ces jours-ci, ces huit bébés sont là, et « faire » tout ce sujet en ne parlant que du droit à l’avortement me choque : devant la vie, n’est-il pas étrange de se défendre avec des paroles de mort? Et ceci alors que la mère se réjouit et parle de les nourrir tous… Mais de quel droit ?
Et surtout, n’y avait-il pas le moindre mot de bienvenue à dire à ces bébés avant de se demander si et comment on aurait pu les passer à la trappe? N’a-t-on pas souci de « dire le bien pour eux », qui sont désormais des êtres vivants promis à un avenir?
Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’Aldo Naouri en rajoute en rappelant (dans l’émission, et seul autre intervenant) que, jadis, les naissances gemellaires étaient considérées comme monstrueuses. Et on se dit psy, en faisant porter sur des nouveaux-nés une telle évocation!
Je ne suis pas une idéologue, et ne me prononce pas au fond sur des matières aussi délicates; mais quand la vie est là, que les huit bébés sont vivants, que la maman se dit heureuse, que l’on n’est pas directement concerné, que cette naissance ne porte tort à personne, que personne ne vous demande de dire que les grossesses de huit sont de bonnes choses, et que, malgré tout, on chipote et on fait la fine bouche, alors, je pense qu’une idélogie assez dévastatrice est en train de montrer le bout de son nez. Anne Soupa
Continue Reading »
Les hommes aussi peuvent adhérer !!!
Le cardinal Canizarès semblait atteindre, le 22 décembre dernier, le comble du bonheur. En visite à l’Institut du Christ Roi, le nouveau préfet de la sainte congrégation pour le culte divin, tout de pourpre vêtu, tirait derrière lui « sa » traîne de douze mètres de long de la cappa magna des cardinaux. Soi disant disparue depuis Paul VI, mais remise à l’honneur, nécessité des temps, sans doute, allez savoir pourquoi… Photo rituelle – elles sont plusieurs, vous ne voyez ici que la plus solennelle – notre cardinal est assis sur une estrade pourpre de deux marches au dessus du sol, totalement drapé dans la soie pourpre, bras et mains dissimulés, la longue traîne de soie délicatement disposée non plus derrière, mais devant lui, dans un arrondi froufrouté, élégant en diable.
Sans doute le cardinal Canizarès est-il resté Espagnol dans l’âme et donc sensible au rôle public de la tenue vestimentaire. Sans doute aussi a-t-il en mémoire les fastes de jadis, où ses pairs des siècles d’or, grands d’Espagne parfois, ont paradé en ces mêmes lieux.
Je n’ose croire cependant qu’il se fasse violence en revêtant de si glorieux atours, et qu’il le fasse uniquement pour procurer aux fidèles ce frisson empreint de sacré que l’on ressent devant la pompe et le lustre et pour leur permettre de croire, juste en rêve et jusqu’à minuit, comme Cendrillon, que l’Eglise est encore triomphante et glorieuse. Non, il ne peut céder à cette illusion : les fidèles savent trop bien que la belle liturgie, la grande, est celle qui intériorise le mystère eucharistique et ne le disperse pas en faste, en opulence et en ostentation vaine. Le cardinal n’a donc pu se vêtir ainsi par devoir liturgique.
Aurait-il alors cédé, à contrecoeur, à la demande pressante de ses fidèles de Tolède et de Grenade, les villes dont il a été l’archevêque, fidèles généreux (sans doute la robe était-elle de soie) mais soucieux aussi de ménager leurs économies, à l’heure où la crise touche de plein fouet l’Espagne,? Difficile de le croire.
Non hélas, tout comme à Sodome où manquaient les dix justes qui auraient sauvé la ville, il est difficile de trouver quelque justice, ou au moins quelque « ajustement » à la situation, au monde actuel, aux nécessités de l’Eglise, dans ce choix invraisemblable. Fellini, sans doute, se retourne dans sa tombe, et reprendrait bien sa camera pour filmer une aussi belle traîne…
Bon, entrons dans le vif du sujet: que ressentons-nous lorsque nous « tombons » sur une telle scène?
Première impression, étrange, celle de remonter le temps. Sommes-nous revenus aux années cinquante? Pas sûr que ce soit un bon souvenir… Temps de plomb plutôt que ces années encombrées d’interdits et de crises. Fin de l’expérience des prêtres ouvriers, multiplication des interdictions d’enseigner de figures aussi prestigieuses que celles des pères Gongar, de Lubac, Chenu, Teilhard de Chardin…
Second malaise, plus lourd encore, directement en prise avec l’identité sexuée du protagoniste, mais aussi, indirectement, avec la nôtre, que chahutent les falbalas de soie du cardinal. Regardons cet étrange personnage emmailloté dans la pourpre. Est-ce un homme? Une femme? Interrogez les deux personnages en soutane noire et surplis de dentelle qui le flanquent, et écoutez-les se récrier : « Connaissez vous des femmes cardinal? » Diantre, l’avais-je oublié… Va pour un homme, un homme à la masculinité non actée, puisqu’il est prêtre et a fait vœu de chasteté.
Mais de quel « genre » est-il, pour se laisser ainsi suivre par douze mètres de traîne, ce qu’aucune mariée n’oserait faire? Que je sache, il n’est ni Ecossais, ni imam, ni prêtre de Pharaon, ni roi inca, ni mandarin de Birmanie. « Non, il n’est qu’Espagnol, disent ses deux acolytes, juste Primat d’Espagne, il est bien de chez nous… Et nessun dubbio, le pantalon pour les hommes et la robe pour les femmes, il connaît. »
J’en frémis, car un autre péril surgit alors à mon esprit : N’a-t-on pas entendu le Vatican tonner contre cette nouvelle « Gender theory » et rappeler que chaque sexe a un rôle à tenir selon son genre? Chacun sous sa guitoune, à sa place, et qu’on ne se trompe pas, comme dans les toilettes publiques! Mais alors… notre homme est en pleine transgression de son « genre ».
Si je comprends bien, la Gender theory serait mauvaise pour les femmes et bonne pour les hommes. Notre petit chaperon rouge, lui, a droit de cumul, il est « du genre homme/femme : Antonio, pour l’Etat civil, peut arborer la toilette d’une femme, davantage encore, il peut jouer à la figure la plus emblématique de la féminité, celle de la jeune mariée parée avec éclat, qui quitte le domicile parental pour se rendre auprès de son futur époux.
Est-ce un funeste tropisme romain qui jette sur notre malheureux cardinal le souvenir de l’Hermaphrodite endormi de la Villa Borghèse, ou celui, plus irrésistible encore, des sublimes castrats baroques? Ah, Monsieur le cardinal, dépasser l’humiliation de n’être qu’une moitié du genre humain, être tout à la fois, sans division ni mélange, insécable, l’autre enfin rapatrié en soi, la démesure nichée à l’intime de soi-même, si c’était là votre rêve caché, vous voilà comblé!
Mais, vous qui vénérez les Saintes Ecritures, quelles pages de l’Ecriture lisez-vous donc pour vous sentir obligé de vous vêtir ainsi? A part « l’Ephod d’or, de pourpre et de cramoisi » que portait l’Hébreu Aaron au désert, et après lui les grands-prêtres du Temple de Jérusalem (Exode 28), et qui était une tunique, vêtement masculin à l’époque, je ne vois guère qu’aucune page de l’Ecriture vous demande de « faire la femme ».
On aimerait vous écouter nous commenter le livre de la Genèse, qui nous définit en nous associant à l’image divine : « Homme et femme il les créa, dit le rédacteur biblique, à son image et ressemblance. » Contrariant, monsieur le cardinal, ce « et » entre l’homme et la femme, j’en conviens. Il a une inestimable conséquence, à laquelle les commentateurs ont mis beaucoup de temps à prêter attention : l’image et la ressemblance lui sont subordonnées. Personne, à soi seul ne les possèdent, mais seulement les deux ensemble. C’est-à-dire l’un avec l’autre, dans le partage, le dialogue, la confrontation entre les sexes, le respect mutuel, la non fusion des différences. Fort difficile à vivre, ce « et »! Jamais atteint, l’ouvrage d’une vie…
Sauf pour notre petit chaperon rouge, qui, lui, ôte le « et » de la phrase et le planque sans doute sous sa robe, pour se faire tout en un, « hommefemme » à sa façon.
Certains diront que je suis cruelle de décliner ainsi les conséquences funestes du libre choix de chacun – des femmes portent bien le pantalon et personne ne trouve (plus!) à y redire – ou de maltraiter les petits délires personnels de certains, (que les académiciens, par exemple, exercent sans qu’on le leur reproche). Ils auront en partie raison, car je crois que le cardinal Canizarès ne voit certainement pas le mal qu’il y a à ressortir des tenues qui ont peuplé le Vatican en d’autres temps. Mais sait-il qu’il choque? S’il le savait, il aurait au moins évité les photos. Mais il devrait savoir, lui qui gouverne, administre, exhorte les fidèles, leur ouvre les chemins du culte divin! Gouverner, c’est prévoir, voir avant les autres… Et quand on rappelle enfin que cette fonction s’exerce au service d’une religion qui prône davantage l’humilité et la discrétion que la démesure et l’exhibitionnisme, on n’a plus envie de rire.
Le ridicule ne tue pas, dit-on, mais celui-ci outrage l’Evangile.
Anne Soupa
Continue Reading »
On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. »
Le prophète Michée, 6, 8.
Simple, en apparence. Bien sûr, jamais la justice n’est parfaite, jamais la bonté n’est pure, jamais le pas de l’homme avec son Dieu n’est sans détour. On n’accomplira pas toute la justice, on ne sera jamais parfait, on trahira toujours un peu son Seigneur. L’homme reste l’homme…
Mais ici, c’est « le rien d’autre » qui intrigue. Il balaye tout ce que l’on se met comme fardeaux inutiles sur le dos. Dieu pousse au mouvement, à la mise en route, à la vie entre frères et soeurs qui se tendent la main.
Pas de culpabilité dévorante, pas de mission impossible, pas de cultes excessifs, mais des yeux ouverts sur autrui, et cette marche humble et confiante en Dieu.
