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Archive for août, 2009
Paris, le 8 juillet 2009
Chère amie, cher ami,
Femmes et Hommes en Eglise vous propose de soutenir une initiative du Comité de la Jupe : la marche « Canon 208 » du dimanche 11 octobre 2009.
Nous avons une profonde sympathie pour ce mouvement né d’une protestation contre le sexisme dans l’Eglise catholique. Le conseil d’administration de FHE a rencontré la cofondatrice du Comité, Anne Soupa. Son positionnement fait débat parmi nous mais nous sommes heureux de soutenir une action de terrain qui suscite la prise de conscience d’une nouvelle frange de l’opinion catholique et rencontre un large écho dans la société.
Rappelons que le Comité de la Jupe est né fin 2008, à la suite des propos d’André Vingt-Trois, cardinal-archevêque de Paris et président de la conférence des évêques de France : « le tout, ce n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ! ».
A cette époque nous avions aussi protesté publiquement contre ces propos.
L’originalité du Comité de la Jupe est d’avoir porté plainte contre André Vingt-Trois devant le tribunal ecclésiastique de Paris.
L’action juridique s’appuya notamment sur le canon 208 du Code de droit canonique :
« Entre tous les fidèles, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propres de chacun. »
Ce même canon est à nouveau mis en valeur le 11 octobre pour une prise de parole qui doit manifester la pleine citoyenneté des laïques et des laïcs dans l’Eglise catholique.
Les réseaux des Parvis ont décidé d’informer leurs membres de cette marche et plusieurs des associations des Parvis ont d’ores et déjà décidé d’encourager la participation de leurs membres, notamment :
- Femmes et Hommes en Eglise
- Droits et Libertés dans les Eglises
- Solidarité Eglise Liberté 85
- Chrétiens sans Frontières 95
Nous vous proposons de marcher avec le Comité de la Jupe à titre individuel car nous ne souhaitons pas infléchir l’élan d’un mouvement encore jeune qui doit croître selon son charisme et qui souhaite garder son nom et son histoire.
En pratique
La marche aura lieu le dimanche 11 octobre à Paris et dans les régions où le nombre de participants le justifiera.
Nous vous proposons de visiter le site Internet du Comité de la Jupe pour plus d’information : http://www.comitedelajupe.fr
Si vous êtes intéressé-e par la marche nous vous proposons de :
- Signaler à FHE votre intérêt pour que nous puissions garder le contact avec vous sur ce sujet et répondre à vos questions ;
- Signaler au Comité de la Jupe votre intérêt et lui transmettre vos coordonnées (téléphone, courriel et localité). Une personne dédiée à votre région prendra alors contact avec vous.
Si vous avez accès à Internet, vous pouvez envoyer un courriel en ce sens au Comité de la Jupe (comitedelajupe@laposte.net) en mettant FHE en copie (gonzaguejd@yahoo.com)
Bien à vous,
Le Conseil d’administration de Femmes et Hommes en Eglise.
Je ne résiste pas au plaisir de vous citer ces deux extraits de textes de l’époque patristique (tirés, bien sûr, de Sources Chrétiennes).
Le premier est d’un pape: Grégoire le Grand (pape de 590 à 604): dans la 25ème Homélie sur l’évangile, il commente la parole de Jésus ressuscité à Marie (Madeleine): “Ne me touche pas”.
Ces mots montrent que Marie a voulu embrasser les pieds de celui qu’elle a reconnu. Mais le maître lui dit: “Ne me touche pas”. Ce n’est pas qu’après sa résurrection, le Seigneur a refusé d’être touché par des femmes, puisqu’il est écrit des deux femmes qui viennent à son tombeau: “Elles s’approchèrent de lui et lui saisirent les pieds” (Mt 28, 9). (Homélie 25, 5; trad. G. Blanc, Sources Chrétiennes n° 522, p. 117-119).
Voilà un avis autorisé à opposer à ceux (celles?) qui pensent qu’une femme ne peut approcher de l’autel, ni une fille être enfant de chœur… (La suite explique que “Jésus monte vers son Père dans notre cœur, lorsque nous le croyons égal au Père”; c’est donc la foi, et nul autre critère, qui permet de “toucher le Seigneur”.)
Le deuxième texte concerne autre chose: la compatibilité de l’état de vie conjugal et du “sacerdoce”. Mais il émane du pouvoir civil et non d’une autorité ecclésiale: c’est une loi du Code théodosien qui ne veut pas qu’on fasse pression sur les clercs qui étaient mariés avant leur ordination, pour qu’ils se mettent à vivre en célibataires. Je trouve ce qui est dit magnifique:
Et même une chaste affection exhorte à ne pas abandonner celles qui, avant le sacerdoce de leurs époux, leur avaient été unies en mariage légitime. En effet, il n’est nullement déplacé de voir unies aux clercs celles qui, en partageant leur vie, les ont rendus dignes du sacerdoce.
Code Théodosien XVI, 2, 44, trad. J. Rougé, SC 497, p. 211. C’est une loi datable de 420, promulguée par les empereurs Honorius et Théodose. Quand le pouvoir civil donne des leçons d’humanité à l’Eglise!!!
Bernard Meunier, chercheur au CNRS, est directeur de l’Institut et de la collection des « Sources Chrétiennes » à Lyon.
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sur France Culture,
jeudi 13 août 2009, à 18 h 15
contre-expertise
une émission de Martin Quenehen,
Face à Benoit XVI : l’opinion catholique en crise ?
un débat avec :
Anne Soupa, théologienne (centre)
Henrik Lindell, journaliste (gauche)
Benoit Lecomte, prêtre diocésain d’Angoulème (droite)
Un débat tonique qui permit de poser clairement les questions fondamentales qui mobilisent le Comité, en particulier la question centrale et cruciale de la collégialité…
Emission que vous pouvez (ré)écouter en cliquant ici
Et il peut être bon pour écouter l’émission de se remettre en tête ce qu’une opinion publique donnait déjà à entendre en avril dernier en réécoutant le magazine de la rédaction de France Culture, en cliquant ici
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Nous reproduisons ici un article de Jean Rigal, publié dans le forum de La Croix le 25 juillet 2009
Prêtre du diocèse de Rodez, Jean Rigal est un théologien spécialiste des questions relatives à l’Église. Professeur d’ecclésiologie pendant vingt-cinq ans à la faculté de théologie de Toulouse, il a animé de multiples sessions en France et en différents pays. Il est l’auteur de nombreux articles et d’une quinzaine d’ouvrages.
« Est-il encore trop tôt pour proposer des réflexions approfondies sur les questions qui viennent de secouer durement l’Église catholique ? On peut, quoi qu’il en soit, relever d’ores et déjà quelques points majeurs qui ont retenu l’attention d’un grand nombre de personnes, appartenant ou non à cette Église.
Ce qui frappe, au premier abord, c’est l’écart – ou plutôt le fossé – qui semble s’instaurer entre l’institution ecclésiale, spécialement la hiérarchie romaine, et une grande partie de la société contemporaine, du moins en Occident. On a dit qu’il s’agissait d’un problème de communication, on a parlé de « dysfonctionnement », on a accusé le déferlement médiatique. Certes, tout cela doit être pris en considération. Mais, sans doute, apparaît quelque chose de bien plus profond, qui est de l’ordre du rapport entre la communauté ecclésiale et le monde de ce temps. Un seul exemple, éloquent : il ne suffit plus que le pape parle pour qu’on l’écoute. Cette époque est révolue.
En réalité, ce qui est en question c’est ce « dialogue mutuel » dont parlait Vatican II. « Tout ce que nous avons dit, déclare le Concile, sur la dignité de la personne humaine, sur la communauté des hommes, sur le sens profond de l’activité humaine, constitue le fondement du rapport qui existe entre l’Église et le monde, et la base du dialogue mutuel » (Gaudium et spes n. 40). La nécessité de ce dialogue repose d’abord sur trois fondements d’ordre sociologique, éthique, profondément humain. Cela interroge, déplace, stimule le statut de la parole de l’Église dans le monde contemporain. Toute position d’extériorité et de surplomb est désavouée. C’est le mode de présence de l’Église à notre société qui est en jeu et interpellé.
Un autre aspect a été fréquemment relevé : l’exercice de la collégialité épiscopale. Il n’est pas rare d’entendre dire qu’elle est devenue un « mythe ». Alors que Vatican II s’était efforcé d’inscrire la collégialité épiscopale à l’intérieur et au service de la communion de l’Église et des Églises locales, ce « lien » des évêques au service de la mission universelle semble trop souvent oublié. On l’a bien perçu dernièrement dans les décisions prises par le seul Centre romain. L’idée de « collégialité » était déjà une idée-force dans les écrits de saint Cyprien (IIIe siècle). Mais par la suite, elle a quasiment disparu au profit d’une autorité centralisatrice, où des motivations subtiles de « pouvoir » au service du bien de l’Église ne sont pas absentes. Il est urgent que la collégialité épiscopale retrouve sa véritable place et toute sa place dans l’animation et la mission de l’Église, surtout lorsqu’il s’agit de décisions « importantes ».
Une troisième dimension liée à ces événements a été soulignée : les réactions d’un grand nombre de catholiques et de beaucoup d’autres, sans doute, avec des sensibilités fort différentes et pour des motivations très diverses, sinon opposées. C’est l’un des aspects les plus positifs de ce qui vient d’arriver. En réalité, Vatican II a restauré une vieille notion disparue au cours des siècles : celle du « sens de la foi » du peuple chrétien, c’est-à-dire du « sens évangélique » de l’ensemble des baptisés exercé dans la communion de l’Église. « Le sens chrétien », mis en valeur à six reprises par Vatican II, n’est pas souvent contesté dans son principe, mais son application demeure difficile et même ne parvient guère à s’imposer. On pourrait s’interroger, à ce sujet, sur la réception faite à l’encyclique Humanæ vitæ (1968), concernant la régulation des naissances. Bien évidemment, l’exercice du « sens de la foi » demande information, réflexion et débat. C’est ainsi que, récemment, la défense de Vatican II, que l’on jugeait menacé, a soulevé nombre de protestations fort légitimes. Encore faudrait-il que la communauté catholique connaisse les grands enseignements du Concile dont la réception est à peine commencée. Maints diocèses ont entrepris une formation dans ce sens.
Plusieurs des questions soulevées, ces derniers temps, touchent la morale sexuelle. On connaît la discrétion de Vatican II sur ce sujet : le pape Paul VI s’était réservé d’intervenir en ce domaine. Aujourd’hui, la notion de « loi naturelle » revient en force. Son caractère universel et sa dimension profondément humaine sont soulignés. Mais cette notion demande approfondissement, et la notion même de « nature » appelle de nouvelles recherches. Plus immédiatement, pour beaucoup de personnes, ce sont la nouveauté et la complexité des questions et des situations qui posent problème : corps médical, malades atteints du sida, vie de couple, situation de détresse… On l’a bien vu avec « l’affaire de Recife ». La morale des purs principes conduit à des décisions légalistes qui semblent incompatibles avec l’annonce d’une « Bonne Nouvelle ». Une parole « doctrinaire » a peu de chances d’être prise en compte.
Qu’il me soit permis, enfin, de dire quelques mots sur la contribution des théologiens à la réflexion d’ensemble du corps ecclésial. Des théologiens allemands se sont exprimés collectivement sur les événements en question. Cela ne s’est pas produit en France. On peut le regretter, car les théologiens ont à exercer une vocation particulière pour le peuple de Dieu, sans esprit de polémique, humblement, au service de tous. Il faudrait pour cela en prendre les moyens, mais qui en aura l’initiative, sous des modalités à définir ?
C’est le service de l’Évangile qui est d’abord en cause dans ces quelques réflexions, et non l’opinion de tel ou tel chrétien en particulier quelle que soit l’importance de ses responsabilités. Car l’Évangile n’attend pas.
