Journée des femmes, silence du Comité de la Jupe ?

Auteur.e: 
Anne Soupa
Date: 
8 mars 2018

 

Journée des femmes aujourd’hui ! Et au Comité de la Jupe, si prompt à dénoncer l’invisibilité des femmes sur la scène catholique, que se passe-t-il ? Pas de grande déclaration, pas d’annonces fracassantes qui fassent le buzz… Diantre, le sort aurait-il eu raison de cette poignée de militantes, avec leur voix pour tout viatique, si peu nombreuses qu’on les regarde avec un léger hoquet.                « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon »? Mais… au moins aujourd’hui le Comité de la Jupe aurait dû parler, dire et redire en boucle ce qu’il dit depuis près de dix ans, que les femmes catholiques ne sont pas des citoyennes, mais des éternelles mineures, que leur identité est instrumentalisée aux fins du mariage et de la maternité, qu’elles n’ont aucune voix au chapitre dans les grandes décisions de leur Église, qu’on parle d’elles mais sans leur donner la parole, que les grandes figures bibliques qui les honorent ont été salies, mise sur la marge des institutions, que les dispositions les concernant, nommément ordonnées par Jésus, quasi sacramentelles, ont été ignorées, puis niées, puis interdites d’images, que la liturgie catholique non seulement écarte les lectures qui valorisent les femmes, non seulement utilise un vocabulaire exclusif, mais évince physiquement les femmes de l’autel. Oui, le Comité de la Jupe devait dire tout cela et non se taire. Comme si se retirer sur l’Aventin menait à quoi que ce soit de constructif ! Alors, que se passe-t-il ? Le Comité de la Jupe est-il distrait ? Á court d’idées ? Ou encore serait-il exsangue ?

Rien de tout cela. Mais tout simplement, le Comité de la Jupe savoure…. Savoure de toutes ses papilles le paysage médiatique qui s’offre à lui en ce jour où tout le monde se sent obligé de mettre son grain de sel dans le chaudron. Car pour un passage obligé, celui-là l’est devenu ! Quel média, quel maire, quel ministre n’en parlent ? Mais aujourd’hui, les prédicateurs de l’égalité femme-homme ne prêchent plus dans le désert. Un très léger déplacement, un jeu de dominos irrépressible s’est mis en branle depuis quelques mois. Volonté politique du candidat Emmanuel Macron devenu président de faire de l’égalité femmes-hommes la « grande cause du quinquennat », ardeur, ténacité, et éblouissante puissance de conviction de Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes, affaires Weinstein,  #balanceTonPorc, et #MeToo, bref révolte des femmes contre une maltraitance sexiste qui prend toutes sortes de visages, mais ampute leur identité et étrille leur liberté.

Et voilà que, surprise entre les surprises, de bons apôtres, candides et subitement prolixes, découvrent depuis trois jours que, dans l’Église, cela ne va pas très bien. Tiens, tiens… Les yeux s’ouvriraient-ils, parce que la valeureuse et rusée Lucetta Scaraffia, rédactrice en chef du supplément féminin du très sérieux Osservatore Romano, a sous la plume de Marie Lucile Kubacki, levé le voile sur la maltraitance ecclésiale ? Depuis, qui ne s’en préoccupe ? La presse non confessionnelle, en bonne partie déjà sensibilisée, mais aussi La Croix, (assez discrètement, sous la plume de Monique Baujard), La Vie, magazine où travaille Marie Lucile Kubacki. Et même Le Figaro, et des sites réputés « tradis » s’y mettent aussi. Que de surprises !

Bref, vous devinez que le Comité de la Jupe n’a plus rien à dire, puisque tout le monde est en train de découvrir le problème. En somme, même le Général de Gaulle se range à ses idées…. Il n’a qu’à remercier du fond du cœur les vrais acteurs de ce dévoilement, qui sont surtout dans la société civile. Á se souvenir des anciens prophètes comme « Femmes et hommes en Église », qui ont, avant lui, prêché dans le désert. Et à assurer de sa reconnaissance appuyée les nouveaux-catholiques-grand-teint- convertis-à-la-cause. Que ces derniers soient rassurés : si le dévoilement vient du Vatican lui-même, ils peuvent suivre le ban sans redouter la sacro-sainte crainte de désobéir. Tout arrive et de là où on ne l’attendait pas… « L’Esprit », diront-ils…. Mais, dans la grisaille des lendemains, souvenez-vous que, même au Vatican, on aura fort envie d’oublier ce passage à haut risque du 8 mars. D’enterrer les bonnes paroles et de revenir au bon vieux patriarcat. Demain, soutenez, le Comité de la jupe. Et tous les moyens seront les bons, puisque ce seront les vôtres.