MONSIEUR, OU MONDAMOISEAU ?

Vendredi 30 septembre 2011
Par Comité

La question peut vous paraître incongrue, mais…

Sur tous les formulaires administratifs, bancaires, postaux, et même commerciaux, on vous demande votre « civilité ». C’est à dire, si vous êtes une femme, que vous devez choisir entre  :   « Madame » ou « Mademoiselle »

Ça vous agace, ça vous irrite, ça vous semble abusif ? Vous avez raison !

Ce distinguo introduit une notion de marquage de données de la vie privée, qui n’a pas lieu d’être. Il est par essence inégalitaire, puisqu’on ne demande pas aux hommes d’avoir plusieurs appellations selon leur statut conjugal.

Il n’a aucun fondement juridique.

Mais quel meilleur révélateur de la situation réelle des hommes et des femmes dans une société que le langage ?

Voici quarante ans que diverses circulaires (la première date de 1967 ! ) rappellent aux administrations publiques, et aux organismes sociaux la loi,qui est celle-ci  :

L’emploi de l’une ou de l’autre de ces formules n’est qu’une question d’usage, et ne constitue en aucune manière un élément de l’état-civil.

Il ne repose sur aucune disposition législative ou réglementaire.

En 1967, 1972, 1974, 2003, 2005, 2006…circulaires et questions écrites publiées dans le JO du Sénat font état des mëmes difficultés pour les femmes à ne pas faire apparaître dans les documents les plus anodins des éléments de leur statut personnel. Elles demandent que, comme d’autres pays Européens, la formule « Mademoiselle » disparaisse.

C’est la cas en Allemagne, en Angleterre, au Danemark, au Portugal.

Au Canada  « Mademoiselle » signifie une jeune fille mineure et n’est plus utilisé à compter de la majorité.

Mais la France persiste et signe ! le ridicule nous tuera décidemment, car savez vous qu’un couple hétérosexuel de partenaires de PACS est  : « Monsieur et Mademoiselle » ! pour beaucoup d’organismes…

De nombreuses femmes se plaignent que la terminologie « Mademoiselle » implique pour les hommes qu’elles cotoient une notion de disponibilité sexuelle déplaisante. Et celles qui sont mères célibataires en ont assez que la caissière du supermarché puisse voir sur leur chéquier qu’elles ont eu des bambins sans passer devant M. le maire…

Deux organisations de défense des droits des femmes lançent une campagne publique : « MADEMOISELLE, LA CASE DE TROP ».


Affiche de la campagne Mademoiselle la case de trop.

Michelle C. Drouault.

9 commentaires sur “MONSIEUR, OU MONDAMOISEAU ?”

  1. gabrielle

    OUI le langage est TRES important, depuis des siècles il nous formate et forme notre inconscient (récemment on a fait un petit effort pour mettre certains mots au féminin (ex auteure)
    Ecoutons ce que nous disons : au Panthéon « la patrie à ses grand hommes  » y a-t-il des grandes femmes ? il y aurait bien d’autres exemples.
    En église tous enfants de Dieu mais que disons nous dans nos cantiques « Peuple de frères »
    Le Pretre consacre le pain « fruit du travail des hommes ».
    C’est incontestable, comme le dit clairement notre n° de SS l’homme est le n°1, la femme le n° 2(avec humour, imaginons un système binaire utilisant le 0 pour l’homme et le 1 pour la femme)

    #9403
  2. Tout à fait d’accord.
    Cette « coutume » linguistique est révélatrice de la situation des femmes. Cela induit le fait que le mariage est constitutif de l’identité féminine, qu’on la définit ainsi: marié ou pas marié.
    Oui, disponible ou pas. En france, il n’y a plus de signe vestimentaire pour dire cette disponibilité,( comme dans d’autres cultures et pays) mais il y a un signe linguistique tout aussi fort.
    Cela peut sembler un détail, mais en fait il s’agit d’une symbolique forte qui continue d’entretenir des images du féminin lié uniquement à la sexualité. Il fut un temps où l’on parlait de « personne du sexe » pour parler des femmes!
    Qu’on soit homme ou femme, nous sommes d’abord des personnes avec leur richesses personnelles, leur itinéraire de vie. Etre marié-e ou pas est un aspect parmi d’autres de notre histoire.
    Cela est bien clair en disant « monsieur » pour les hommes. Cela ne l’est pas si on distingue  » madame ou mademoiselle » pour les femmes.
    Sr Michèle Jeunet, rc

    #9412
  3. Mercier Françoise

    Je suis entièrement pour la suppression de la dénomination « Mademoiselle »

    #9433
  4. odile-adrienne

    Le mot homme n’a pour moi qu’un sens : homo = être humain.
    La langue française n’a pas été capable dans son élaboration de trouver un mot (en latin vir) pour désigner les hommes de sexe masculin et s’est approprié par défaut le terme générique faisant preuve d’un grand manque d’imagination, à moins que ce ne soit une volonté d’expulser les hommes de sexe féminin hors de l’espèce humaine…
    Je m’efforce donc de toujours (dans un premier temps) interpréter dans ce sens toutes les phrases comportant ce mot; c’est parfois assez jouissif et permet plus de sérénité à l’écoute des textes religieux qu’on a tant envie de lire dans une autre langue. Car il faut bien reconnaître que parfois la double signification crée des ambiguïtés voulues ou non que d’aucuns savent bien utiliser.
    Mais oui, Mesdames et Mesdemoiselles, vous restez ou passez sous la responsabilité d’un chef de famille, le père ou le mari… Je plaisante (un peu), mais depuis quand avons-nous le droit d’ouvrir un compte bancaire sans la permission du mari ? Depuis quand le droit de vote pour les femmes françaises ? Depuis quand avons-nous une âme ?
    Et vous savez quoi ? Encore plus que les mecs, ce sont souvent les nanas qui trouvent que les situations de dépendance étaient tout à fait nécessaires (faisant sans doute partie de la loi naturelle) et que rien ne va plus depuis que les femmes ont gagné un peu d’autonomie!
    Il en faut du temps pour que les mentalités changent, mais c’est tout de même bien engagé. L’église catholique et sa hiérarchie y viendront aussi, même si ce sont les bons derniers !
    Alors gardons espoir et battons-nous aussi sur ce point…
    Sororalement.

    #9449
  5. Et que dire des femmes qui perdent leur prénom en se mariant…
    J’ai été témoin un jour dans un bureau de poste d’un refus de la postière de verser la somme correspondant à un mandat que lui présentait une dame. Ce mandat était adressé à Madame Jean Dupont. Mais la carte d’identité était au nom de Pierrette Dupont née Durand. Celle-ci a été invitée à revenir avec son livret de famille pour prouver qu’elle était bien mariée avec Jean.
    Ça m’avait scandalisée et si j’accepte de porter le patronyme de mon mari je refuse absolument de perdre mon prénom…

    #9453
  6. Michelle

    @odile-adrienne, de l’auteure:
    Vous avez raison de pointer cette distinction: « anthropos » (humain) est le terme généralement utilisé dans les Ecritures, me dit une amie protestante, et il est souvent mal traduit par « homme », c’est à dire personne de sexe masculin…cette dame a donc exigé de son pasteur une traduction littérale.
    Par ailleurs, c’est en effet depuis 1965 qu’une femme mariée peut ouvrir seule un compte en banque, et depuis 1985 seulement que les biens de l’enfant mineur ne sont plus gérés par le père seul.
    Quand au fait que certaines femmes elles mêmes s’accrochent à leur dépendance, ne serait ce pas parce qu’elle est sur-valorisée?
    Si comme dans certains pays, être appelée « Madame » signifiait simplement que l’on est une citoyenne adulte, les femmes en quête d’identité auraient peut être moins hâte de se marier….et seraient plus motivées pour voter ? ou est ce que je rêve ?

    #9562
  7. Françoise

    Personnellement, ce qui m’agace encore plus c’est: 1. la notion de « chef de famille » pour les impôts; je veux bien que monsieur soit le chef à condition que je ne paie pas… Mais étant donné que le Trésor Public saura bien se servir sur MON pognon s’il estime qu’il lui manque des sous, alors je veux être chef aussi! 2. Le changement de nom d’usage lors du mariage, toujours quasi automatique alors que c’est un droit et nom une obligation… Aux termes de la loi, le mari a le droit d’accoler le nom de sa femme au sien; la femme a le droit, soit d’accoler, soit de substituer le nom de son mari au sien. Résultat: ouvrez un compte joint et ayez le malheur de dire que vous êtes mariée, et toc, on va vous coller le patronyme de votre mari sans vous demander votre avis.

    #9616
  8. Christine

    Chère Françoise, depuis trente ans, je ne porte pas le nom de mon mari. Je pourrais écrire un bouquin entier sur les diverses anecdotes, réflexion et autres de toutes les administrations, banques, employeurs et belle-famille.
    Pour réussir, une seule solution, ne jamais donner le nom de son mari, sous aucun prétexte. Aujourd’hui, c’est mon mari qui a fait inscrire mon nom sur ses papiers d’identité comme « nom d’époux ». Parti comme on est, on va vite pouvoir écrire le deuxième tome.

    #9632
  9. Solange H

    Oui, très intéressant ce problème de vocabulaire… ce qui suppose de ne jamais laisser prise
    pour ma part je plaide pour l’usage de « humains » (s’il vous plait au pluriel, et sans majuscule) pour remplacer un concept « homme » ou pire « Homme » qui utilise la forme « neutre » du français (si si le neutre peut exister en français)qui ne correspond à aucune réalité, car je vous défie de me dire avoir rencontré l’homme… comme la femme d’ailleurs (!)… par contre, rassurez-vous, chaque jour je rencontre « des » hommes et « des » femmes…
    Mais je ne suis pas sectaire, il est aussi possible d’employer « hommes et femmes » comme « femmes et hommes », « êtres humains »…., et si l’on veut un concept sensé « l’humanité »… (Jésus est « fils d’humanité », ou « fils de l’humanité »…bien meilleur sens pour traduire « l’anthropos » grec, toujours présent dans cet intitulé qu’il se donne lui-même… bon courage pour essayer de faire changer le vocable « fils de l’homme » qui – pris – ne veut rien dire !) la langue française peut tout… juste il reste nécessaire d’utiliser les bons mots… Bien entendu, 2 rubriques seulement « Madame », « Monsieur » pour les lettres, et c’est encore mieux sur une enveloppe d’écrire directement le prénom (et le nom de famille choisi) de la personne (au moins pour toute la correspondance amicale…) Notre prénom est le plus sûr indicateur !

    #10212

Laisser un commentaire

UA-10759717