Pédophilie et célibat des prêtres, quelques mises au point.
Les révélations de cas de pédophilie dont des prêtres se sont rendus coupables dans un certain nombre de pays, États-Unis, Irlande, Allemagne, Pologne… (hélas, la liste s’allonge chaque jour), créent un véritable scandale et soulèvent de lourdes interrogations.
Le Comité de la Jupe a été questionné, aussi bien par les médias, que par ses membres.
Voici quelques éléments de notre réflexion.
- Tout d’abord, faire un lien direct entre les cas de pédophile et le célibat des prêtres est absurde. Les pédophiles sont des prédateurs sexuels, qui imposent leur sexualité à des mineurs. Le célibat n’est pas une cause directe de la pédophilie qui est un crime couramment commis par des hommes mariés.
Il faut aussi noter que la plupart des cas de pédophilie sont constatés dans un cadre familial. Père, frères, oncles, grands-pères, beaux-pères, sont ordinairement mis en cause.
- Faire un lien entre l’homosexualité et la pédophilie est tout aussi absurde. Il n’y a rien de commun entre le fait d’être attiré sexuellement par une personne adulte du même sexe que soi, et le fait d’user de violence physique ou morale pour imposer des relations sexuelles à un enfant.
Ces faits étant soulignés, il reste que les cas de pédophilie mettant en cause des prêtres sont particulièrement choquants et le crime est d’autant plus inadmissible que l’on attend des prêtres qu’ils mènent une vie honorable.
Le scandale est amplifié du fait que l’Église prétend à un savoir moral sur les « choses » sexuelles et prétend régir jusqu’à l’activité des honnêtes époux dans leur chambre à coucher.
Les scandales liés à la pédophilie des prêtres mettent en lumière la distance qu’il peut y avoir entre une norme sexuelle qu’on voudrait imposer à tous comme « naturelle », et les pratiques abjectes et « contre-nature » de la pédophilie.
On a envie de dire « médecin, guéris-toi toi-même », ou « vois d’abord la poutre qui est dans ton œil avant de dénoncer, la paille (littéralement le cil) qui est dans le nôtre. »
Pour le dire vite, la crédibilité de la parole de l’Église est, une fois encore, gravement altérée.
À cela s’ajoute le soupçon que tout n’est pas (n’a pas été) mis en œuvre pour lutter contre ces crimes. On a le sentiment que l’Église a souvent manifesté davantage de mansuétude à l’égard des criminels pédophiles que de sollicitude à l’égard de leurs victimes, du moins jusqu’à un passé très récent.
Même s’il est vrai que la société civile a elle-même été longtemps sourde et aveugle, cela ne justifie pas les atermoiements de certaines structures ecclésiales. La pédophilie n’est pas un « simple » péché sexuel, une « mauvaise habitude ». C’est un crime, un crime qui détruit les victimes, dont beaucoup ne se « remettront » pas.
Il ne nous appartient pas de dire si le clergé est plus exposé que d’autres populations à trouver de pareils criminels dans ses rangs. Mais l’institution ecclésiale doit se poser la question avec le plus grand sérieux.
Il y a un travail de vérité à entreprendre de façon absolument urgente, ne serait-ce que pour lever l’intolérable suspicion qui plane sur les innombrables prêtres qui exercent leur ministère de façon tout à fait saine.
Des études américaines laissent penser qu’il y a une particularité des crimes pédophiles commis par les prêtres dans la mesure où les victimes sont le plus souvent des jeunes garçons tout juste pubères. Cette pédophilie particulière se nomme éphébophilie. Dans la structuration de telles personnalités, les psychologues observent une grave immaturité affective et sexuelle. Ces faits, s’ils sont confirmés, posent le problème de la formation et de l’accompagnement des futurs prêtres. Le rapport avec soi-même, son propre corps sexué, avec l’autre et le corps de l’autre, ces questions doivent être affrontées sans faux-semblant. Et c’est se nourrir d’illusions que de croire que les dévotions et les exercices de piétés sont un remède suffisant et pertinent en la matière.
Nous déplorons que la parole hiérarchique de l’Église catholique sur l’exercice de la sexualité humaine ait plus à voir avec « la vie rêvée des anges » qu’avec la saine réalité, et l’on sait depuis fort longtemps que « qui veut faire l’ange fait la bête.
Pour finir, et sans lien direct avec les affaires de pédophilie, on peut se demander si la crispation sur l’exclusivité du recrutement d’un clergé célibataire répond aux besoins réels de notre temps.
Car en attendant que la hiérarchie ecclésiale prenne conscience de nos vrais et justes besoins, nous catholiques fidèles et engagés, faisons face aux scandales, à l’incompréhension et plus grave que tout, demeurons impuissants devant la lente mais certaine disparition du tissu ecclésial .
La pédophilie n’a sans doute pas grand-chose à voir avec le célibat des prêtres, mais le manque tragique de célibataires voulant devenir prêtres est en train de tuer l’Église dans de nombreux pays.
Christine pour le CJ
NB: Christine est aussi intervenue sur les ondes de France Info lors du débat du 18 mars à 11h15 que vous pouvez réécouter en cliquant ici : France-Info



D’accord avec tout ce que vous dites, ma chère Christine, cela permet de cadrer un peu nos réflexions sur le sujet.
Deux points cependant qu’on a tendance laisser de côté :
- Tout le monde sait bien – et surtout les garçons ayant fréquenté les petits séminaires ou autres pensionnats catholiques, que le problème n’est pas nouveau, que cette pratique était de tous temps connue et passée sous silence. Qui aurait osé se plaindre à sa famille, il y a seulement 60 ans, aurait reçu une volée paternelle qui lui aurait scellée la bouche. Et s’il y avait plainte, la hiérarchie se chargeait de faire taire le plaignant.
Aujourd’hui, l’institution se voit obligée de réagir parce que la société soutient mieux les plaignants qui souvent se découvrent 20 ou 30 ans après les faits.
– Aucun lien entre le célibat et les actes pédophiles ? Il convient d’être nuancé, même s’il est juste de dire que le célibat est loin d’en être la seule cause.
Mes propres expériences, celles contées par mes jeunes camarades qui n’en parlaient pas à leurs parents, me font dire qu’il faut accepter l’idée qu’un célibat imposé, mal assumé peut-être, devenant parfois obsessionnel peut aussi conduire à des gestes qu’on peut encore appeler pédophiles lorsqu’il s’agit de petites filles de moins de 12 ans, gestes ou caresses plus légers que ceux qualifiés de crimes, mais suffisants pour troubler profondément des enfants. J’en ai eu l’expérience plusieurs fois et n’en n’ai jamais parlé à l’époque, actes souvent dus à des prêtres de passage, venus prêcher une retraite de communion ou assurer le côté religieux d’une colonie de vacances catholique… Pour moi, cela n’a rien à voir avec une maladie ou une tendance détectable par des psychologues; cela était (est ?) cependant plus fréquent qu’on ne veut bien le reconnaître.
Il faut aussi en tenir compte.
Vous dites que le célibat n’a pas de rapport avec la pédophilie, je suis d’accord, en soi, le fait d’être célibataire ne rend pas pédophile. En revanche, on peut se demander quel profil d’adolescent se destine à ne jamais connaître de femme! Alors qu’à 16-17 ans les garçons ne pensent en général qu’à avoir une petite copine – ou un petit copain peu importe – quelques un d’entre eux vont choisir de vivre une vie sans amour, sans famille, sans sexe! Est-ce qu’on ne pourrait pas postuler que certains candidats à la prêtrise ont déjà un problème avec la sexualité? Problème renforcé par l’éducation de ceux-ci au séminaire, où la sexualité est diabolisée. Voilà comment on fabrique des jeunes hommes pervertis, à la sexualité immature, tournée vers ce qu’on leur a toujours montré comme pur et parfait -au travers notamment de la figure de l’enfant de choeur – le jeune garçon.
Bonjour Christine
Comme Adrienne et Cupcake il me semble qu’il y a quand même une relation entre les actes pédophiles commis par des prêtres et le célibat.
En ayant érigé le mariage hétérosexuel strictement monogame en norme unique et obligatoire de sexualité, l’Eglise ne laisse pas d’autre porte de sortie à tous ceux – et celles – qui vivent mal leur sexualité, fût-elle d’ailleurs banalement hétérosexuelle, que d’opter pour, ou je dirais se jeter dans, le célibat consacré. La pédophilie est un cas particulier en ce qu’elle est rejetée comme comportement déviant non seulement par l’Eglise mais aussi par la société.
On ne peut d’ailleurs que voir là la cause du regard si particulier, fait de fascination – répulsion, que l’Eglise porte sur le sexe (et sur les femmes), si l’on prend le temps de considérer que les uniques détenteurs de l’autorité et de la parole sont tous des hommes non seulement privés de vie sexuelle – ça on savait déjà – mais qui en plus pour certains vivent dans la culpabilité le peu qu’il leur en reste, c’est-à-dire leurs fantasmes! Comme dit une amie iranienne à propos des mollahs: « leurs pensées sont sales ».
Est-ce à dire qu’il faudrait supprimer le célibat consacré? Sûrement pas, car ce serait dommage de priver ceux qui l’ont choisi pour une bonne raison: suivre le Christ, de ce qu’ils vivent comme une grâce.
D’accord donc pour une plus grande attention à ces aspects-là dans la formation donnée aux prêtres. Et aussi pour que l’Eglise use un peu plus du fameux « discernement » qu’elle est si fière d’invoquer pour priver les divorcés remariés de communion, dans le recrutement de ses prêtres! Et tant pis s’il y en a encore moins qu’avant!
Pour finir, je voudrais revenir sur la question de la pédophilie. Il me semble que les « vrais » pédophiles (je ne suis pas sûre que tous les curés mis en cause correspondent au profil de l’authentique pervers pédophile) se décrivent eux-mêmes comme habités par des pulsions qu’ils ne peuvent pas, ou mal, contrôler. C’est pourquoi j’y réfléchirais à deux fois avant d’abuser de vocabulaire tel que « crime », « abject », « prédateur sexuel ». L’usage d’un tel vocabulaire désigne automatiquement à la vindicte publique des hommes que la psychologie contemporaine tend à considérer comme des malades, dangereux certes, mais malades aussi. Or la vindicte publique tend à rendre la justice d’une manière que nous préférons éviter. De plus il faut se rappeler qu’avant de devenir des criminels, les pédophiles ont bien souvent eux-mêmes été des victimes de ces mêmes crimes.
Je suis toujours choquée par l’emploi du mot prédateur pour parler du pédophile. Un prédateur est un être qui se développe aux dépens d’un autre être, qui va jusqu’à se nourrir de cet être. Dans l’imaginaire, ce mot évoque d’autres termes, comme « brute », « bestial », « proie ».
Il se peut que ce terme soit justifié lorsqu’on l’utilise dans le cadre d’une étude psychologique ou sociologique sur les personnalités pédophiles, leurs modes opératoires, etc.
Reste que le pédophile est un être humain, une personne. Reste qu’on sait finalement assez peu de chose de cette maladie et que d’après mes recherches, personne n’a encore trouvé jusqu’ici de piste fiable pour la guérir.
Alors, faut-il en rajouter dans la stigmatisation en employant le terme « prédateur » ?
Est-ce que parler de « prédateur », cela enlève quelque chose à la souffrance des personnes qui sont victimes des pédophiles, aux familles des victimes, aux proches des pédophiles ?
Non. Cela pourrait même en rajouter.
Alors, s’il vous plaît : essayons de tenir un certain respect dans le langage…
Cela peut paraître un point de détail, dans un ensemble avec lequel je suis globalement d’accord. À un détail près : selon moi, l’Église n’a aucune espèce d’expertise en matière de sexualité. Comment pourrait-elle en avoir, alors qu’elle est menée par des hommes qui sont sensés s’abstenir de toute relation sexuelle, et alors que la moitié féminine de l’humanité n’est absolument pas prise en compte comme sujet capable de parole, et capable de parler avec son expérience propre ? L’expertise de l’Église consiste « seulement » dans sa capacité à concevoir l’amour sous une forme pas uniquement sexuée… ce qui est déjà bien… mais elle a encore des progrès à faire pour devenir capable de parler de sexualité… et je ne suis pas certaine que ce soit un objectif à viser…
@l’autre Françoise,
Pour justifier l’emploi que j’ai fait du terme « prédateur », les études américaines (ce sont les seules disponibles) montrent qu’un pédophile (hors de ceux qui opèrent dans le cadre familial) comptabilise en une vie, s’il n’est pas arrêté, en moyenne, plus de 200 victimes. C’est hélas bien une logique de prédation qui est à l’oeuvre (prendre, consommer) et leurs victimes sont bien leurs « proies ». Sans doute faut-il être « malade » pour agir ainsi, mais ça n’empêche pas l’acte d’être un crime. Les plus grands des criminels ne cessent pas d’être des personnes, et si la justice humaine les condamne et les neutralise, pour eux, nous espérons tout de la miséricorde divine.
@Christine
Je ne suis pas croyante, donc vous comprendrez que la miséricorde divine est un concept que je ne comprends pas du tout. Effectivement les criminels ne cessent pas d’être des personnes, mais je pense qu’il faudrait plutôt adopter une logique inverse, à savoir, quand est-ce que des personnes sont devenues des criminels sexuels. En cela je crois que la prévention importe beaucoup et continue de penser que l’Eglise et sa logique misogyne est responsable en grande partie de la perversité de ces prêtres. On ne peux pas rencontrer une telle proportion de pédophiles dans un secteur donné sans explication. Quand bien même on convient du fait qu’un pédophile va facilement s’orienter vers des emplois où il sera en contact avec des enfants, les prêtres sont visiblement plus représentés proportionnellement que les animateurs, les instituteurs, les baby sitters.
Quand un homme est devenu pédophile, c’est déjà trop tard. Les études disponibles montrent que si on peut par la thérapie rendre un pédophile abstinent, en revanche on ne peut pas le guérir. L’action doit se faire absolument en amont.
@ Françoise (l’autre) je ne suis pas d’accord avec vous, pourquoi utiliser « predateur » ajouterai a la soufrance. il me semble que au contraire elle enleve a la victime une partie de l’aspect personel de la douleur. elle n’a pas été agréssée a cause de son comportement, ce n’etait pas une affaire « personnelle » mais le probleme de l’agresseur, du prédateur.
@ Christine, je me souviens d’avoir lu et entendu (emission serieuse)le rapprochement entre pedophile, homosexuel ou hétérosexuel dans le sens non de la pathologie mais de l’orientation sexuelle. on nait avec certaines preference, savoir si on agit est autre chose. Donc oui, on peut par la therapie apprendre a la personne a gerer son « penchant » il n’en demeurera pas moins present. Ce qui est reprimé est le passage a l’acte.
Le faire en plus avec l’aura et la quasi impunité dela couverture de l’église rend les choses encore plus repréhensible. Comment un enfant peut il s’opposer a celui qu’il voit potentiellement comme le representant de Dieu sur terre? combien d’adultes suivent a la lettre les dictats de l’église en esperant gagner leur place au paradis?
« Nous déplorons que la parole hiérarchique de l’Église catholique sur l’exercice de la sexualité humaine ait plus à voir avec « la vie rêvée des anges » qu’avec la saine réalité, et l’on sait depuis fort longtemps que « qui veut faire l’ange fait la bête. »
Cela me paraît excessif car si vous prenez le temps d’étudier la catéchèse donnée par Jean Paul II entre 1979 & 1984 (Cf Homme et femme il les créa. Une spiritualité du corps. Aux Ed. du Cerf)on est très loin de « la vie rêvée des anges ». Au contraire, JPII remet en valeur l’aspect essentiel, voulu par Dieu, d’être sexué.
Alors que j’étais ado., une amie m’avait donnée un bouquin reprenant cette théologie (en concentré et par rapport au don des corps)et franchement, je trouvais qu’il y allait fort, JPII!
Bien sûr le Jansénisme a fait du mal et laisse des traces, mais que je sache, il a été vivement dénoncé comme non conforme à l’enseignement du Christ.
Pour moi, le vrai problème provient de la pornographie qui réduit l’homme, la femme à des objets, et la sexualité à une « possession » alors qu’il s’agit d’une merveilleuse expression d’un don mutuel, d’un cœur à cœur, image sacramentelle de ce à quoi nous serons appelé au Ciel, un communion plénière dans le mystère même de la communion divine trinitaire.
un extrait de la presse:
TF1News : La revue Golias a publié sur son site internet une lettre datant de 2001, dans laquelle un cardinal du Vatican félicite un évêque français, Mgr Pierre Pican, de ne pas avoir dénoncé à la police un prêtre auteur d’abus sexuels. Ce prêtre a depuis été condamné à 18 ans de prison. Cela vous surprend-il ?
helas non, mais quand l’église prendra t’elle la mesure des degats?
Bravo les Filles, Enfin quelqu’un qui donne un coup de pied dans la fourmilière. Il y a longtemps, au moins 60 ans(j’en ai 86) que je milite, seul hélas contre le célibat des prêtres. Cette mesure présentée sciemment comme une obligation n’est en réalité que la création s »un pape, ancien moine, délu à Rome qui s’étonnait, lui ancien moine de constater la pauvreté de l’institution pontificale.Enquête f