Quelle place pour les femmes dans les religions ?

C’est le thème de l’émission « Tombé du Ciel » de La Chaine Parlementaire à l’occasion de la journée internationale des femmes de 2010.
Émission où Anne Soupa est interrogée par Agnès Vahramian en sa qualité de bibliste, en début d’émission :


J’aimerais avoir quelques éclaircissements sur certain propos d’Anne soupa lors de l’émission « Tombé du Ciel » .Mme soupa dit :
« Il ne faut pas oublier que les 12 disciples choisis par Jésus ne sont pas des prêtres ce sont des pêcheurs, des pères de famille …il ne faut pas croire que Jésus a institué un corps de clerc. Jésus est aux antipodes de cette conception de son Eglise …à fortiori il n’y a donc aucune raison de l’exclusion des femmes »
Est-ce que cela veut dire que la conception de l’Eglise de considérer que les évêques sont des successeurs des apôtres ne résulte pas d’une volonté du christ et que ce sont les apôtres et l’Eglise qui ont établi une telle organisation pour structurer l’Eglise ? Ce qui voudrait dire que cette structure doit toujours s’adapter à son temps quitte à tout changer. Je pose cette question, car si cela est vrai alors le problème actuel des vocations est un faux problème.
Cécile
Bon Carême
Bonjour Cécile,
Les apôtres, les onze, puisque Judas était mort, ont considéré dès avant la Pentecôte qu’ils devaient reconstituer le chiffre symbolique de douze. Ils l’ont fait en priant et en tirant au sort entre deux disciples qui avaient suivi Jésus « depuis le début ». Le sort a désigné Matthias. Ensuite, on voit dans les lettres de Paul que parmi les responsabilités qui sont exercées dans les communautés, il y a des « épiscopes« , on pourrait traduire « surveillants », ou « veilleurs ». Il y avaient aussi des « anciens », qu’on nommaient « presbytres« , en français, ça devient « prêtres ». Les premiers croyants ont attaché beaucoup d’importance au témoignage de ceux qui « avaient connu le Seigneur ». C’est de là que vient l’attachement à la succession apostolique. Sinon, il y a un responsabilité propre de Pierre, à qui Jésus après la résurrection confie ses brebis: « sois le pasteur de mes brebis« .
Tout le monde s’accorde à dire qu’au début, il y a eu un peu de « méli-mélo », cependant, moins de 100 ans après la résurrection, il y a bien une organisation des communautés autour de l’épiscope, c’est-à-dire de l’évêque.
Les chrétiens, catholiques, comme orthodoxes, sont attachés au fait que les communautés soient rassemblées autour d’un évêque, que la charge de transmission de la foi met bien en situation d’être successeur des apôtres. Pour manifester cette succession, tout évêque est ordonné par un ou plusieurs évêques. C’est comme une chaîne ininterrompue dans le temps.
Même si l’organisation de l’Église telle que nous la connaissons n’est pas « directement » créée par le Christ, elle est d’une Tradition si antique que nous ne pouvons que la prendre extrêmement au sérieux, d’autant plus que si nous sommes catholiques, nous considérons que l’Esprit Saint oeuvre dans l’Église.
Ça ne veut certainement pas dire que les prêtres doivent définitivement être célibataires, qu’ils le soient n’est qu’une question de discipline. Ce qui a été décidé il y a mille ans peut être remis en question si c’est opportun.
Quant à l’accès des femmes, certains pensent que c’est un fait fondé théologiquement, d’autres que c’est un fait culturel. Le pape Jean-Paul II a voulu trancher définitivement en 1994, mais nombre de théologiens très sérieux et très catholiques, pensent qu’il n’en avait pas l’autorité.
Cela dit, je transmets votre question à Anne Soupa et l’invite à venir répondre elle aussi à votre question sur le site.
Bien amicalement
La modératrice
Cécile, je prolonge de quelques mots la réponse de Christine, qui nous permet de comprendre la profondeur historique du sujet. Ce que vous avez très finement débusqué, c’est le fait que la « crise des vocations » pourrait ne pas en être une si on le voulait, tout en respectant la succession apostolique que tout catholique vénère parce que c’est une longue chaîne qui nous relie à Jésus.
Il faut bien voir que cette succession s’est faite pendant des générations entre laïcs, le plus souvent mariés, au moins jusqu’à la fin de l’Antiquité, et encore en bonne part jusqu’au milieu du Moyen Age. Ce n‘est que tardivement que ces responsables de communautés, évêques et presbytes, sont devenus « séparés » de l’ensemble du peuple chrétien.
On pourrait donc tout à fait imposer les mains, en signe de succession apostolique, à « Monsieur ou à Madame tout le monde ». Il suffirait qu’il offre des garanties de « foi et bonnes moeurs » et accepte de prendre tout ou partie de la charge de sa communauté.
L’histoire de l’Eglise s’est faite avec un corps de prêtres qui a vaillamment porté le trésor de la foi pendant des siècles. Nous leur rendons grâce pour cette transmission. Mais ce serait rendre un mauvais service à l’Eglise, aux prêtres, à nous tous, au message évangélique surtout, que de craindre un avenir où les prêtres seraient peu nombreux. Il reste certainement nécessaire de signifier d’une façon claire le don total de sa vie au Seigneur, car c’est un puissant ferment de la foi pour tout le peuple, mais cela n’est pas directement lié à la succession apostolique. « Si nous ne redevenons pas comme les premiers chrétiens, nous serons les derniers », dit le frère André Gouzes. Une Eglise de laïcs nous rapprocherait grandement de nos origines !
Cécile, pour aller plus loin et répondre aussi à vos questions, je vous recommande le numéro de mars 2010 de la revue Croire Aujourd’hui dont le thème est « prêtre, un homme pour les autres » : il y a des articles qui répondront à vos questions notamment un entretien avec le théologien Gustave Martelet : « à la source du sacerdoce : le Christ » ; et des articles sur « les questions que vous vous posez »…
merci d’avoir mis sur site cette splendide contribution à l’avancée de l’harmonie entre les sexes, et, il faut l’espérer, dans le monde,par la place égale donnée au Féminin.J’ai retenu cette idée de Leïla sur « la part féminine du Christ »que le clergé catholique semble ne pas vouloir étudier ou regarder en face.
Michelle
L’histoire de l’ordination de femmes rabbins est retracée par le rabbin Yeshaya Dalsace : http://www.massorti.com/Ordination-de-femmes-rabbins
En France, seules des communautés juives libérales (minoritaires) ont ordonné des femmes rabbins. On en compte trois à ce jour. La première, Pauline Bebe, a « essuyé les plâtres ».
Pauline Bebe est la première femme rabbin en France. Elle prend ses fonctions à Paris en 1990 au sein du Mouvement juif libéral de France (MJLF) qui la licencie en 1995. Elle crée alors la Communauté juive libérale d’Ile-de-France (CJL). Elle a publié en 2001 l’important Isha, Dictionnaire des femmes et du judaïsme.
Célia Surget a été ordonnée en 2007 au sein du Mouvement juif libéral de France (MJLF). Elle est le rabbin responsable du Centre Communautaire de la rue du Surmelin (Paris 20e) et le rabbin référent du Talmud-Tora du MJLF. Son désir d’être rabbin ? Il date d’une messe à laquelle elle accompagnait une amie : elle eut envie de faire « pareil que le prêtre mais dans la religion juive » !
Delphine Horvilleur a été ordonnée rabbin en 2008 aux États-Unis et exerce depuis au sein du Mouvement juif libéral de France (MJLF). Elle enseigne depuis plusieurs années la pensée juive et le midrash (littérature rabbinique).
Autres infos et liens sur la lutte de nos sœurs juives pour l’égalité ici : http://sites.google.com/site/chretiennesfeministes/judaiesme-des-femmes-pour-l-egalite
Bibliographie utile :
- Dossier « La femme juive est-elle l’égale de l’homme juif ? », dans L’Arche, n° 583, novembre 2006.
- BEBE Pauline, Qu’est-ce que le judaïsme libéral ?, Paris : Calmann-Lévy, 2006
- BEBE Pauline, Isha, Dictionnaire des femmes et du judaïsme, Paris : Calmann-Lévy, 2001. [Voir la recension dans la revue Clio].
- BITTON Michèle, Présences féminines juives en France, XIXe–XXe siècles : cent itinéraires, Pertuis : 2M éd., 2002
- BRAIGA Kenza et CATTAN Olivia, Deux femmes en colère. Juive ou Musulmane, citoyennes et libres, Ramsay, 2006. Préface de Marek Halter.
- ELKOUBY Janine et LIPSYC Sonia Sarah (dir.), Revue Pardes, n° 43 : Quand les femmes lisent la Bible, Paris : In Press, 2007.
- LIPSYC Sonia Sarah, DREYFUS Annie, ELKOUBY Janine, Le Guide du divorce religieux (« guet ») en France, préface du Grand Rabbin Michel Gugenheim, Paris : WIZO et Consistoire de Paris Ile-de-France, 2007, 16 pages.
- LIPSYC Sonia Sarah, « Les droits des femmes au sein du judaïsme français : avancées et résistances », Tsafon, Revue d’Etudes juives du Nord, n° 54, Université de Lille, 2007, p 79-94.
- LIPSYC Sonia Sarah (dir.), Femmes et judaïsme aujourd’hui. Actes du colloque « Femmes et judaïsme dans la société contemporaine au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris en mars 2004, Paris : In Press, 2008. [Voir la recension dans la revue Archives des sciences sociales des religions, n° 148, 2009]
Je réagis à l’obstination pour l’Eglise catholique romaine, par son pape, de considérer que le « sacré » prime sur la foi en un Dieu qui appelle chaque être humain à devenir son enfant et à travailler à son royaume… par le baptême d’ailleurs nous sommes tous, femmes comme hommes, « prêtre, roi et prophète » même si tous ces mots sont encore au masculin. La « tentative d’ordonner une femme » ne peut se mélanger à l’abus grave de pédophilie… de qui se moque-t-on ? (excommunication pour les premiers, pas la même sanction pour les seconds !)
Ne jamais oublier que Jésus ressuscité est apparu -en premier- à Marie Madeleine et lui a confié le rôle d’apôtre « vas dire à mes frères » mission de révéler le coeur du message évangélique « je monte vers mon Père, et votre Père, mon Dieu, et votre Dieu » (Jn 20,17)..
Si d’ailleurs Pierre ne s’était pas précipité (comme d’habitude !)pour chercher un remplacant de Judas AVANT de recevoir l’Esprit, n’est ce pas Marie Madeleine le 13-12ème apôtre ? car comme dit Luc (8, 2-3),des femmes aussi ont accompagné Jésus, avec les douze, à travers villes et villages…et ce sont elles les présentes jusqu’au bout de la croix, de l’ensevelissement, et au tout matin du 3ème jour…
Quant au « sacré » c’est le propre de toute religion « païenne » … Jésus n’a-t-il pas dit lui-même « le sabbat est pour les humains et non les humains pour le sabbat » ? Aucun absolutisme hormi aimer Dieu de toutes ses forces, et le prochain comme soi-même…
Je suis profondèment blessée par cette attitude de la Curie romaine de toujours traiter les femmes comme des impures, des mineures et des non-responsables de la mission d’annoncer la bonne nouvelle, alors que le baptême confère même dignité à chacun et chacune, que Jésus a pris notre condition d’humanité pour nous tourner tous et toutes vers un Dieu relationnel (trinitaire) de tendresse et que l’Esprit est répandu au plus profond de chaque personne…