« L’Eglise sur le divan », de Daniel Duigou

Dans les entretiens plein de force qu’il vient de mener avec Claude Plettner, Daniel Duigou, prêtre du diocèse d’Amiens tout en étant journaliste et psychanalyste, s’interroge sur les mutations de la société et la fin des frontières traditionnelles qui structuraient autrefois l’identité de quelqu’un. Beaucoup aujourd’hui demandent à l’Eglise d’être leur « seconde peau ». Mais au lieu de conduire les sujets vers leur liberté et vers la réalité, lieu où advient le salut, l’Eglise se rêve elle-même au lieu d’accueillir ce qui vient et elle maintient une exigence très forte d’idéal, pour elle-même et pour les sujets qui la composent. L’auteur la compare à cette instance psychique qui interdit et réprime, le Surmoi.Le livre est riche et passionnant, il se lit sans peine aucune. Voici quelques bonnes feuilles.
« L’institution Eglise a un trésor entre les mains. Elle est dépositaire, au sens actif du terme, d’un héritage à transmettre à l’homme d’aujourd’hui, au citoyen du monde de demain. C’est l’héritage de la foi, celle en un avenir meilleur, la foi en un homme capable de prendre en mains sa destinée et de respecter ainsi en lui sa vocation d’homme, celle de devenir sujet. Aujourd’hui, le monde a plus que jamais besoin d’une parole pour construire son futur. Au citoyen qui doute de plus en plus, qui a peur et qui a la tentation de se recroqueviller sur lui-même pour mieux se protéger, l’institution Eglise a comme mission d’adresser une vraie parole de liberté pour qu’il rompe avec la répétition du passé et invente son futur, une parole qui peut alors être comprise comme étant celle de l’amour. » (p.244)
(Tel est )… »Le message (de l’Eglise) qu’elle délivre depuis sa création, qui est au cœur de sa dynamique et qui lui donne sens : la vocation de l’homme est de vivre heureux, d’être heureux de vivre, et de vivre d’être heureux. Face au sentiment de culpabilité qui habite l’homme et qui est son véritable poison, j’insiste sur cette vocation là. Dans la Bible, le premier verset du premier psaume davidique proclame le bonheur de l’homme : « Heureux l’homme. (Ps 1, 1). L’institution Eglise est porteuse de cette « bonne » nouvelle à travers le temps, celui de l’humanité : le bonheur est possible. (p. 51)
« C’est en prenant la parole, en échangeant avec le monde, en disant le monde et l’homme tel qu’il est, qu’elle pourra inventer de nouvelles frontières sans craindre de se diluer dans la masse et de perdre son identité. Au contraire, c’est ainsi qu’elle trouvera son identité (….). C’est en étant créateur par le passage de la parole que l’homme est vivant, qu’il se réalise homme et qu’il vit son salut. »
Daniel Duigou, L’Eglise sur le divan, Bayard , 2009, 264 pages


oui vraiment un bon livre qui donne facilement à réfléchir…
je ne peux m’empêcher de rajouter d’autres bonnes feuilles tirées du dernier chapitre « à l’épreuve de la liberté », dans les pages 249 à 253 :
« question de CP : A défaut de pouvoir « être psychanalysées », les institutions politiques se réforment, pourquoi pas l’Église donc ?
réponse de DG : A travers sa longue histoire, elle a prouvé que cela était possible. Compte tenu du raidissement que l’on constate au sommet de l’institution-Église, c’est maintenant qu’il s’agit d’y participer encore plus activement et d’y faire entendre sa voix. [...]
Le raidissement de l’appareil ecclésial a toutefois un énorme avantage : rendre visible la régression institutionnelle et montrer son absurdité. Peut-être rendra-t-elle plus facile la mise en place de garde fous contre toute forme de dictature interne, contre tout système absolu. Dans l’après-coup certains responsables de l’institution pourraient mieux comprendre en quoi les orientations d’aujourd’hui sont contraires à l’esprit de l’Évangile. La peur à l’origine de ce raidissement est le propre d’une personne qui agit à court terme dans la panique. [...]
Si on ne peut pas attendre de l’institution qu’elle suive une psychanalyse, rien n’empêche tout chrétien d’effectuer un travail sur lui-même, que ce soit par le biais d’une analyse ou non, et d’être libre vis-à-vis de toute institution, y compris de l’institution-Église.
Combien de chefs d’entreprise et de médecins, de magistrats et d’éducateurs, de DRH et d’infirmières, combien de personnes en situation de responsabilité face à d’autres entreprennent aujourd’hui un travail de clarification sur eux-mêmes, en particulier sur leurs motivations ?
Pourquoi ceux qui, au sein de l’institution-Église, ont des « pouvoirs » ne prendraient-ils pas eux aussi le même chemin ? Qu’ils soient curés ou évêques, supérieurs de séminaire ou cardinaux ? Je sais que certains d’entre eux font cette démarche de liberté. Celle-ci dépend de la personne et d’elle seule, et c’est le plus important. A ces personnes d’ouvrir d’ouvrir des chemins de liberté dans la vie, dans la leur et dans celle de l’institution-Église. De faire bouger l’institution là où elles sont. Et cela quelle que soit leur fonction. Il s’agit de s’autoriser et de vivre ainsi en fils de Dieu…
Question : Espérer ce travail de clarification et de libération sans pour autant tomber à nouveau dans des attentes impossibles…
Réponse : Il nous faut surtout et avant tout sortir nous-mêmes de la demande inconsciente de nos rêves éveillés : celle que l’institution-Église soit l’institution parfaite qui corresponde en définitive à l’image de la mère idéale, un reste du monde merveilleux de l’enfant que nous avons été. Nous pouvons fort bien attendre d’elle qu’elle entreprenne un travail de vérité sur elle-même sans être pour autant dans une impossible demande d’idéal. Rechercher en elle l’institution idéale, c’est en réalité trouver une diversion à l’extérieur de nous pour nous dispenser d’un travail de vérité sur nous-mêmes, sur notre propre attente d’un retour du merveilleux qui persiste dans notre esprit malgré nous. »
Je n’ai pas lu ce livre « L’Eglise sur le divan », mais j’ai lu sa présentation faite ci-dessus par Anne, ainsi que son analyse faite par Isabelle DE GAULMYN dans le journal « La Croix », et j’ai entendu une interview de l’auteur Daniel Duigou à la radio RCF.
Je déplore comme l’auteur l’absence, voire même le refus, de débats, pratiqué par les milieux ecclésiastiques et par une écrasante majorité des paroissiens ou fidèles pratiquants. Exemples de questions à débattre :
1* Le dogme du péché originel est contraire à la théorie de l’évolution, admise par l’Eglise il y a 15 ans. Il n’y a pas eu un premier couple humain unique créé d’un seul coup, pas de Paradis terrestre. La notion d’une culpabilité héréditaire est illogique et révoltante.
2* Outre le Décalogue, qui est irréprochable, il y a plusieurs dizaines de commandements de Moïse qui prescrivent la mise à mort pour de multiples délits et situations : blasphème, adultère, pratique homosexuelle, sexualité avec un animal, servir d’autres dieux, avoir en soi l’esprit d’un mort ou un esprit de divination, ramasser du bois le jour du sabbat et même être une personne consacrée à Dieu. Ces lois de Moïse, comme celle du talion, sont contraires à l’enseignement des évangiles et Jésus les a rejetées. Alors cessons de dire que ces lois exprimaient la volonté de Dieu et qu’elles étaient bonnes à cette époque. Disons plutôt que Moïse a cru exprimer la volonté de Dieu et qu’il s’est trompé lourdement.
3* On nous dit constamment que les 3 religions, juive, chrétienne et musulmane ont le même Dieu. Cela est faux puisque pour les chrétiens Dieu est trinitaire et comporte 3 personnes, alors que pour les juifs et les musulmans Dieu n’a qu’une seule personne. De plus le Dieu du Coran et des Hadiths ordonne de couper la main des voleurs, de tuer les blasphémateurs, les apostats, les personnes adultères, les ennemis de Dieu et de faire la guerre aux mécréants jusqu’à ce que la religion sainte triomphe sur toute la Terre. Tout cela est rejeté par le Dieu des évangiles.
4* Le syllabus promulgué par le concile Vatican I est contraire à la liberté de conscience et aux Droits de l’Homme. Il faudrait l’abroger.
Dans le diocèse de Dijon, personne n’a pu m’indiquer un groupe où l’on pourrait débattre de questions doctrinales, telles que les 4 exemples que je viens de citer. Si un lecteur de ce texte en connaît un, je lui serais reconnaissant de me le faire connaître.
Ce livre est un cadeau pour notre temps. C’ est un des fruits d’ une vie riche , honnete, que d’ amour pour l’Eglise et pour les hommes il faut pour pouvoir nous l’ offrir!je suis heureuse de savoir que Daniel Duigou est un « disciple », de Charles de Foucauld, cela ne m’étonne pas..
Je crois que j’ aimerais le rencontrer a Skoura,au Maroc, et partager une réflexion au sujet de l »‘Eglise sur le divan »… Un grand Merci, en souhaitant qu’il reçoive le message dans son hermitage…Sylvie.
c’est un livre dont notre temps a besoin pour se dépoussierer et oser aller de l’avant dans l’aventure humaine, en se laissant regarder par le regard d’amour de notre Dieu de nos profondeurs. N’oublions pas que nous sommes des créatures humaines mais appelées à devenir divin. Merci à Daniel Duigou