… La peau d’un évêque…

Et oui, il a encore frappé, le mystérieux Pietro de Paoli… Pour notre plus grand bonheur !
En nous faisant entrer « dans la peau d’un évêque », son dernier ouvrage, cet auteur mystérieux continue de nous livrer son expérience ecclésiale. Car cette Eglise, notre Eglise, il la connait et l’aime profondément, sinon comment écrire de telle manière si sensible, si profondément incarnée ? Au point que c’est même notre propre expérience de l’Eglise que nous avons le sentiment de lire et qui nous fait vibrer…
Et toujours avec autant d’humour et de tendresse, qui ne l’empêche pas d’avoir des envolées passionnées, des coups de sang pour ne pas dire de véritables c
oups de gueule… Oui vraiment cet homme (ancien évêque ou vicaire général je suppose, pour écrire ainsi) aime profondément, passionnément, notre Église…
Alors quand ses propres questions rejoignent notre actualité de manière si ajustée, comment ne pas y trouver un soutien, une inspiration, un appel pour l’aventure dans laquelle s’engage de plus en plus le Comité ?
Au final peu importe même son identité véritable et sa fonction dans l’Église, son visage ne se compose-t-il pas mieux de nos visages, et nos histoires ainsi assemblés ?
En cette année « sacerdotale », je ne peux que vous partager cet extrait, avant que chacun ne se fasse lui-même sa propre opinion…
« Ah, les séminaristes, les vocations, notre obsession! Normal, le prêtre étant en quelque sorte une espèce en voie de disparition, la question de la reproduction est cruciale. Les évêques se retrouvent dans la situation des éleveurs de pandas des zoos chinois. Pour obtenir des conditions favorables, il faut localiser les familles susceptibles de « céder » un de leurs fils. Quelque uns de mes confrères mettent au point des « stratégies ». Par exemple, on recrute de nouveau des enfants de chœur, afin de leur donner jeunes » le goût du culte et le sens du sacré ». La méthode suppose bien sûr d’exclure les filles, qui ne servent à rien puisqu’elles ne seront pas prêtres, et risque de surcroît de « détourner » les garçons. Et puis on ne sait jamais, que ferait-on si « le goût du culte et le sens du sacré » leur venaient, à elle aussi…
Bon je plaisante tout seul parce que, ce soir, je suis d’une humeur gracieuse. Je sais bien qu’il faut appeler des garçons à être prêtre ! Mais pas dans n’importe quelles conditions. Il faut recruter des hommes, des hommes libres, pas des jeunes gens immatures et manipulables. Le vrai problème, c’est de savoir si on peut raisonnablement vouloir être prêtre, dans les conditions dans lesquelles le ministère est exercé aujourd’hui.
Je ne peux pas oublier les paroles de Jean, un prêtre guère plus jeune que moi, un garçon bardé de diplômes, doctorat de lettres, puis de théologie, curé d’une paroisse de presque trente clochers, qui un soir, ici, dans mon salon, parlant de sa vie, avait dit : « Ce n’est pas pour ça qu’on a voulu être prêtre. » Et après un long silence, où il avait laissé tourner longuement son cognac au fond de son verre, il avait ajouté : « On fait le boulot parce qu’on est bien gentil. »
Cette phrase me reste sur le cœur !
Oui pour la plupart, ils font le boulot « parce qu’ils sont bien gentils », parce qu’ils aiment les gens, parce que, tant qu’à être là, autant faire ce qu’il y a à faire, mais ils savent bien qu’ils sont les derniers des Mohicans. Ils savent bien qu’après eux c’en sera fini de cette présence, de ce maillage de l’Église sur le territoire.
Comment inventer une nouvelle forme de présence, une présence qui ne serait pas seulement assumée par les prêtres, mais aussi par les chrétiens ?
Si l’on répondait à cette question, on saurait à quoi on appelle les candidats au sacerdoce. en conséquence, on saurait mieux comment et pour quoi les former. On serait aussi capables de discerner plus efficacement les compétences, les capacités, les charismes; Aujourd’hui, on considère que la mission d’enseigner, de gouverner et de sanctifier est confiée d’abord aux évêques et par eux à leurs collaborateurs, les prêtres. Dans une telle organisation, sans prêtres, rien ne marche. Mais au fond, cette mission est d’abord celle de tous les baptisés, prêtres, prophètes et rois. Ces fonctions ont été monopolisées par les clercs, et maintenant, si rien ne change, on court le risque de condamner la mission même de l’Église et de voir disparaître des territoires entiers, faute de prêtres.
Moi, je crois profondément que prêtres et laïcs répondent radicalement à la même unique vocation ; faire résonner l’Évangile, offrir Dieu au monde et le monde à Dieu et y faire advenir le Royaume de Dieu, déjà, ici et maintenant. Ils y répondent bien sûr chacun dans leur ordre.
La question de savoir s’il faut ordonner des hommes mariés ou des femmes est secondaire par rapport à la question centrale : comment rendre tous les baptisés responsables de l’unique mission de l’Eglise ?« (pages 202-204).
Pietro de Pauli, Dans la peau d’un évêque, Plon, 2009, 292 pages.





Encore une fois sous la forme d’un roman agréable à lire Pietro de Paoli pose de bonnes questions sur l’eglise sans agressivité. Un livre à lire !
Nous avons à nous poser la question de notre mission.
Comme responsable d’EAP en zone rurale, quoique assez près de Paris, nous nous trouvons confrontés à une problématique difficile. Nos prêtres sont peu nombreux et âgés et doivent couvrir un vaste territoire comportant de nombreux clochers où il est difficile d’animer des eucharisties aussi souvent que le désirent les paroissiens. Bien sûr, les laïcs font de leur mieux pour apporter leur soutien mais nous ne pouvons plus « fonctionner » comme avant et la couverture géographique comme spirituelle devient de plus en plus ténue.
Alors quelle mission? Veut on remplir les églises? – ce qui me paraît mission impossible avec notre mode de fonctionnement actuel – Veut-on jouer le rôle de sel ou de levain pour « donner du goût » à la pâte, comme disait Monseigneur Barbarin lors d’un colloque?
Je penche pour la deuxième méthode. Alors on peut essayer d’influencer les décisions vers plus d’humanité, là où nous nous trouvons. Et il faut du courage car – et la crise actuelle en fournit un exemple typique – nous sommes appelés à aller à contre-courant des pratiques habituelles des affaires et des organisations. L’Eglise peut nous y aider en parlant plus haut sur ces sujets, notamment en politique et en économie.
Merci au comité de la jupe et merci à nos prêtres de nous soutenir dans nos actions. Peut-être que ce genre de besoins paroissiaux pourrait susciter des vocations?
De la part d’un responsable d’une Association d’Insertion par l’Economique.
Je ne peux m’empêcher, pour compléter ce qui est dit, de vous partager la recension que vient de faire Michel Kubler, le rédacteur en chef du journal La Croix, jeudi 15 octobre 2009, en page 16 :
« Le réel se laisse souvent mieux comprendre par le détour de la fiction. En matière religieuse, la chose reste rare. Moins cependant depuis quatre ans, grâce à la plume inspirée qui s’abrite sous le pseudonyme de Pietro De Paoli. Ce fin connaisseur de la vie ecclésiale a commencé par l’Église-fiction avec Vatican 2035, tableau formidable de justesse des forces travaillant le catholicisme en ce début de millénaire (Plon, 2005) – angle repris, dans un registre plus intimiste, avec La Confession de Castel Gandolfo (2008). C’est son deuxième opus que l’auteur prolonge aujourd’hui : Marc, son héros de 38 ans, célibataire et curé de campagne (paru en 2006), est devenu évêque. Mais peu importe la généalogie de ce Paoli : qu’on ait lu ou non les épisodes précédents, il faut lire ce portrait plus vrai que nature d’un évêque dans l’Église et la France de 2009.
L’Église ? Celle de Benoît XVI, qui suscite autant d’espérance que de souffrance – l’une et l’autre ne pouvant guère être imputée en totalité au successeur de Jean-Paul II. Une Église que Mgr Marc aime, par-delà tous les agacements qu’elle peut lui causer, et dont il doit à présent assumer, voire incarner, la complexité : rarement fut si bien décrite la tension intérieure inhérente au ministère épiscopal, si exposé, si secret. La France ? Ce pays toujours plus déchristianisé, notamment dans un diocèse rural comme celui de notre (anti-) héros, qui use son temps et sa santé à rafistoler des dispositifs pastoraux toujours plus branlants et dont l’enthousiasme se brise sur le manque de moyens – en prêtres notamment, crucialement.
Le tout se passe en 2009. Ou plutôt, au tournant de l’an dernier et de cette année. On peut penser que Pietro De Paoli a commencé ce journal d’un évêque de campagne avant la tempête qui a soufflé sur l’Église il y a quelques mois. Mais il a su situer très lucidement son personnage, pris lui-même dans la triple claque (évêques intégristes, fillette de Recife, propos du pape sur le préservatif) qui a déstabilisé alors bien des piliers de la catholicité. Son livre révèle alors une expérience spirituelle forte. Et il s’avère triplement utile, puisqu’il fait découvrir un ministère, comprendre l’Église, aimer l’Évangile. Et, chose admirable, tous trois en sortent grandis. »
que dire de plus si ce n’est : allez lire ce (ces) livre(s) si ce n’est déjà fait !!!!
En pleine crise de FOI et déjà sollicitée par le Comité de la Jupe, j’ai eu le bonheur de dévorer dans « la peau d’un evêque ». Qu’il est donc réconfortant de lire un tel état des lieux sans langue de buis, et aussi de sentir le levain dans la pâte, certainement à l’oeuvre, encore mystérieusement. MERVEILLE QUE JE SUIS !!! il va me falloir reprendre courageusement le chemin de l’espérance (mon fils s’est suicidé récemment, à l’âge de 41 ans) Ma boussole est Jésus Christ et je désire qu’il m’aide à guérir et grandir auprès de Lui, dans la cohérence de ma vie, en aimant suffisamment tous ces visages qui me sont autant d’étincelles que mon fils est encore vivant dans leur coeur ! Puissions-nous être tous saints en ce WE… Si « le saint est celui qui, en quelque circonstance que ce soit, ne baisse jamais les bras ? »
Oui moi aussi je « râle » contre mon Eglise ds laquelle j’exerce quelques responsabilités et le dernier livre de Pietro de Paoli m’a encore une fois ému et ravit. Une vraie Eglise de chair, comme on en rêve. Souvent, je replonge dans ses livres pour reprendre souffle. « La confession de Castel Gondolfo » est merveilleuse par tous les sujets traités. Olivier Legendre aussi me fait du bien ! Et quand je vois le nombre de chrétiens plutôt bien installés qui se laissent émouvoir par son livre, je me dis que l’appel au changement ou tout simplement à la conversion est bien là ds le coeur de tous les chrétiens.
Gardons courage donc!