La maîtrise du religieux

Jeudi 21 janvier 2010
Par comitedelajupe

Une réflexion de Michelle Colmard Drouault

Dans les vœux pour l’année à venir, Anne se posait la question de savoir pourquoi les individus de sexe masculin avaient accaparé la gestion du religieux.
A mon avis, la gestion du religieux n’est qu’un avatar (le mot est à la mode !) de leur appétit de gestion du monde. Les hommes se sont pris pour Dieu, et ont voulu dominer le monde.

Manipuler la peur, croire mettre Dieu à son service

Et cela continue. Le premier auxiliaire de la domination est la peur. Et la peur de Dieu, dont les mâles prétendent être les interlocuteurs privilégiés, constitue l’arme suprême pour asservir. Mais au fur et à mesure que le savoir a progressé, que la philosophie s’est approfondie, les pouvoirs « de droit divin », les notions de blasphème ont été interrogés, puis attaqués.

La « liberté de conscience », la liberté de questionner, a officiellement triomphé.

Cependant, les dominateurs savent très bien que, lorsqu’on est à cours d’arguments pour justifier des mesures injustes, des abus ou des dictatures, l’axiome « Dieu veut » peut encore impressionner des peuples fragiles.

L’originalité du christianisme

Dominer le monde implique de s’approprier la reproduction du vivant. Et seules les femmes peuvent assurer cette production sans laquelle l’espèce humaine s’éteindrait.

Les hommes ont depuis toujours le fantasme de la reproduction mâle à l’identique, mais ce n’est qu’un fantasme, et ils sont bien obligés d’en passer par les femmes. J’ai la conviction profonde que le christianisme a justement alerté le genre masculin sur le danger d’un tel appétit narcissique. Nous sommes la seule religion où Dieu est « engendré et non pas créé ». Pour se faire homme, même Dieu a dû naître d’une femme. Cela sonne comme un avertissement et une brillante démonstration de la coopération indispensable des sexes.

Depuis que les femmes disposent de leur corps

Les hommes sont restés sourds et aveugles, animés par une volonté de puissance sans limites.

Face à cette évidence, ils ont détourné la dignité des femmes pour faire d’elles un simple « lieu de passage », une ressource dont ils disposeraient. Pour dominer le monde, il était essentiel de contrôler les femmes, de s’approprier leur force, de la contenir. Le magistral tour de passe-passe est d’avoir cantonné les femmes à cette fonction reproductrice en la dévalorisant.

Or, dés que les femmes sont devenues maîtresses de leur corps, elles ne pouvaient plus être considérées comme des instruments. L’hostilité des religieux à la contraception dans presque toutes les religions n’est qu’une panique devant cette perte de contrôle. L’accès  féminin à toutes les formes de savoir n’a fait que l’augmenter.

Se poser en caste de genre, seul lien avec Dieu qui ordonne aux femmes de se soumettre, c’est la formidable manœuvre de l’Homme qui veut prendre la place de Dieu.

Et nous devons la combattre, car, comme l’annoncent nos frères et sœurs Musulmans « Il n’y a de Dieu que Dieu »…

Michelle Colmard Drouault

13 commentaires sur “La maîtrise du religieux”

  1. Camille

    Je pense qu’il ne faut pas faire abstraction de l’histoire, l’anthropologie et la sociologie.
    On ne peut pas mettre sur « le dos » des hommes qu’une volonté de puissance.
    Il y a les individus et il y a la structure sociale qui parfois est très profondément ancrée.
    Ainsi la trilogie indoeuropéenne, le guerrier, le prêtre et les paysan marque nos sociéts jusqu’au 19 ème siècle. Il en est un peu de même pour la place de la femme.
    Mais en effet, à mon sens, l’Eglise a bien du retard dans ce domaine et je partage le point de vue d’E.Dufourcq.

    #928
  2. Françoise

    Un immense merci pour ce texte fort et courageux. N’oublions pas toutefois que tous nos amis les hommes ne sont pas habités par ce fantasme de puissance!

    #930
  3. Anselme

    Je suis un peu effrayé par les propos que je viens de lire sur un site catholique pas spécialement tradi et plutôt dans « la ligne officielle ». Un prêtre y affirme sans rire que les enfants de familles décomposées tombent plus facilement dans la délinquance que les enfants des familles « normales ». J’en suis resté pantois.
    Il faut répéter que de tels propos sont des sornettes et qu’il n’y a aucune relation entre le statut familial et la délinquance. La délinquance est certes en corrélation avec le niveau économique ou culturel, il n’y a qu’à passer une demi-heure dans une salle d’audience correctionnelle pour en convenir, mais je ne vois pas la relation avec le statut parental et, à ma connaissance, aucune étude sérieuse ne vient appuyer un tel point de vue.
    Beaucoup de polytechniciens sont issus de couples séparés et à l’inverse des enfants de bonnes familles très comme il faut se retrouvent devant les tribunaux.
    Bien sur, ces mêmes sites n’ont pas de mots assez durs envers les enfants élévés dans des foyers homosexuels.
    Il ne faudrait pas nous refaire le coup de Travail Famille Patrie.
    Ces braves gens devraient plutôt réclamer que l’on donne aux parents des moyens pour élever dignement leurs enfants notamment en matière de logements, de crèches, d’écoles et d’hopitaux. En un mot de SERVICES PUBLICS.
    Les femmes n’ont pas recours à l’avortement par plaisir ou par idéologie mais parce qu’elles savent qu’elles ne pourront élever un enfant dans la dignité la plus élémenaire, et ce faute de moyens matériels.
    Il y a des chrétiens qui feraient bien de relire l’Evangile.

    #936
  4. anne Soupa

    Est-ce la volonté de se prendre pour Dieu ou la « simple » pulsion sexuelle qui pousse l’homme à dominer la femme par le biais du religieux? Moi, je suis plutôt de l’avis de Freud et même si sa horde primitive me donne quelques frissons de terreur, je la crois plus appropriée à répondre à la question. Je ne crois pas que les anciens voulaient dominer le monde. Ils le divinisaient plutôt. Le christianisme l’a dé-divinisé, mais la soumission à la nature est, en gros, de règle jusqu’aux Lumières.
    Par contre, la culpabilité envers le divin était forte, puisque l’on sacrifait pour se concilier les faveurs divines. Et c’est peut-être pour la culpabilité masculine que les femmes ont payé, écartées du sanctuaire sous prétexte d’impureté, d’une part, et dominées par la pulsion sexuelle d’autre part. Oui, cela fait beaucoup….

    #944
  5. anne Soupa

    Je suis mal à l’aise avec les propos d’Anselme. Ah l’urgence de ne pas voir! Si, le « statut » des parents a de l’importance! Je ne sais rien sur la délinquance, mais ces raccourcis que dénonce Anselme sautent à pieds joints au dessus de la souffrance des enfants. Cachez cette souffrance que je ne saurais voir! On a pourtant le droit et le devoir d’être un peu honnêtes et de ne pas pudiquement se voiler la face.
    Ah, certes, oui, il vaut mieux un divorce que des parents qui ne se supportent plus, mais ne disons pas le divorce fait des enfants sans problèmes. Idem pour l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Le pire, dans tout cela, c’est qu’en refusant de voir la souffrance de l’enfant on ne peut même plus la prendre en compte et l’atténuer.
    Anne

    #945
  6. Camille

    Cette culpabilité par rapport au divin était terrible. Est-ce qu’on peut l’expliquer ? et que les femmes aient en plus payé pour celle des hommes est une idée intéressante.
    Cela donne drôlement envie de bosser la question.
    Le partage des tâches économiques, de survie même, découle aussi de cette soumission à la nature grossièrement jusqu’au 19 ème siècle.

    #946
  7. Camille

    Si les propos du prêtre rapportés par Anselme sont exacts, ce prêtre fait un lien entre enfants de parents divorcés et DELINQUANCE et non pas souffrance, ce qui est très différent.
    La souffrance des enfants est un vaste sujet mais je pense qu’elle existe fort dans des familles catholiques très rigides ou alors elle est tellement refoulée qu’elle oblige justement à des comportements identitaires et de reproduction idéologique.
    Quant aux enfants de couple homosexuel, je crois qu’on a le droit de rester prudent.
    La mère d’une de mes amies de « très bonne famille » a été élevée chez deux vieux oncles (en tout bien tout honneur) car elle était orpheline. Or, apparemment, elle n’en garde pas de mauvais souvenir et par ailleurs elle ne présente aucun signe clinique particulier !

    #948
  8. Anselme

    Réponse à Madame Soupa,

    Excusez-moi de vous mettre mal à l’aise, mais ce qui m’a semblé grave c’est qu’un prêtre (c’est à dire un représentant de la religion chrétienne) qui devrait précher l’Evangile vienne stigmatiser les enfants de familles décomposées en énonçant que ces enfants sont plus souvent délinquants que les autres.

    Cela n’a aucun fondement scientifique,tous les criminalistes et sociologues vous le diront. Feuilletez tous les numéros de la revue de science criminelle vous ne trouverez jamais aucun article reprenant une telle thèse. La délinquance juvénile a des causes infiniment plus complexes.

    Prenez un panel d’enfants de familles décomposés et un panel d’enfants de familles non décomposées de niveaux socio-culturel et économique semblables bien entendu (on ne peut comparer que des choses comparables) et vous constaterez qu’il n’y a pas plus de délinquants dans un groupe que dans l’autre.

    Dans ma jeunesse il y avait également des personnes qui soutenaient que les enfants de divorcés réusssissaient moins bien que les autres dans leurs études. La encore tout le monde peut constater qu’il s’agit d’un a priori démenti par les faits.

    Je ne dis pas que le divorce soit une bonne chose. Il sagit d’un fait de société qu’il faut accepter et gérer le mieux possible. Surtout ne stigmatisons pas les enfants qui n’y sont pour rien et cessons de donner mauvaise conscience aux couples qui ont connu la séparation : c’est comme les accidents de voiture, cela peut arriver à tout le monde ; même aux très bons conducteurs. Si après un échec ils ont pu reconstruire un foyer heureux, tant mieux.

    Enfin, je vois autour de moi des tas de catholiques divorcés qui ont rompu tout lien avec l’Eglise à cause de positions trop intransigeantes. Ce ne sont pas des propos de loup-garou d’un autre âge, comme ceux tenus par ce prêtre, qui les réconcilieront avec la religion.

    .

    #950
  9. Christine

    Pour ajouter mon grain de sel à cette discussion, il est vrai que le divorce entraîne couramment une paupérisation des femmes, or, ce sont massivement elles qui ont la garde des enfants. Les conséquences de cette paupérisation sont dans beaucoup de cas une dégradation des conditions de possibilité de poursuite d’études longues et coûteuses pour les enfants. Peut-on suggérer en la matière une responsabilité des pères? Prenons aussi la peine de souligner la générosité des beaux-pères, qui très souvent dans les familles recomposées prennent leur pleine part de responsabilité vis-à-vis de leurs beaux-enfants, y compris financièrement.
    Ce sont, me semble-t-il les femmes seules, abandonnées, isolées, qui sont en périls, et avec elles, leurs enfants, hélas, parfois, jusqu’à la délinquance.

    #952
  10. Françoise

    Anselme, vous affirmez, vous affirmez… mais pourriez-vous nous donner des chiffres et des références, s’il vous plaît ? Ma question est sincère, car je ne suis pas spécialiste de ces problèmes.

    Il me semble pourtant évident qu’il existe une corrélation entre un milieu familial dégradé (et c’est bien le cas des familles décomposées, même si la recomposition est heureuse, la séparation du couple parental est toujours traumatisante pour l’enfant) et la délinquance. Un enfant fragile est plus que d’autres susceptibles d’avoir des conduites à risque. Un enfant qui souffre est souvent un enfant en colère, et la colère est souvent à l’origine de comportements délinquants. Et cela me semble valable également pour la réussite dans les études : vous croyez vraiment que lorsqu’on a des parents séparés, qui parfois s’insultent, lorsqu’il faut gérer son rêve de les revoir ensemble et la réalité, lorsqu’il faut assumer d’être tantôt ici, tantôt là alors qu’on aimerait être toujours au même endroit et avec les deux… on a l’esprit libre pour étudier ? J’en doute. Mais bien sûr, il ne faut pas en faire une règle générale : des enfants de divorcés peuvent réussir dans leurs études, ils ne deviennent pas forcément délinquants. Beaucoup d’autres éléments entrent en jeu. Reste que… oui, c’est certainement un facteur favorisant… ou alors disons une difficulté supplémentaire.

    #953
  11. Anselme

    A Christine,

    N’oubliez pas les femmes qui élèvent avec un grand dévouement et une grande tendresse les enfants de leur compagnon.

    Quand aux femmes seules elles élèvent le plus souvent de manière admirable (et bien mieux que les pères seuls) leurs enfants. Pensez par exemple à la manière dont Philippe Seguin avait été élevé par sa mère veuve de guerre. Mon père qui était orphelin de la guerre de 1914/18 de ses deux parents a eu beaucoup de camarades orphelins de père (situation hélas banale en 1919, après une guerre qui a fait 1,5 million de morts) et aucun n’a jamais sombré dans la délinquance à une époque ou les aides sociales n’existaient que sur le papier.

    #954
  12. Camille

    Personnellement , rien ne me choque dans la réponse d’Anselme du 28/01.
    Je crois qu’il faudrait en effet regarder de près les chiffres et distinguer bien sûr les généralités sociales ce qui relève des individus 1) des parents eux-mêmes et 2) de leurs enfants.
    Je connais, comme chacun, des couples catholiques divorcés, à des âges différents (de 30 à 70 ans). Les situations pour les enfants en sont bien sûr elles aussi variées .
    La plupart des parents ont vraiment essayé de faire le mieux possible pour leurs enfants et même aussi de divorcer le mieux possible. Et c’est vrai, je pense qu’il y a culpabilité et forcément souffrance. Quand un rêve d’amour se brise, comment peut-il en être autrement ?
    En tout cas, nul part je n’ai vu délinquance des enfants concernés ou même risque de délinquance.
    Les risques de délinquance existent quand les parents sont absents, en effet, quel que soit le milieu social (parfois très friqué). En tant que professeur dans le secondaire public, on le voit bien.
    Comme le dit Anselme, ce n’est nullement pour encourager le divorce; c’est évident. Mais je suis entièrement d’accord avec lui, on ne peut pas stigmatiser les enfants de divorcés.

    #958
  13. Michelle

    Pour rebondir sur les réflexions annexes que mon texte a provoquées (tant mieux!)je dirais qu’Anne et Anselme tiennent chacun des propos justes .Tout d’abord, il est exact que souffrance et délinquance ne sont pas la même chose, et qu’on peut beaucoup souffrir sans pour autant être délinquant .Et il est exact aussi que stigmatiser les familles recomposées,alors qu’elles déploient en général une énorme énergie pour offrir à leurs enfants un cadre convenable et aidant, est déplacé, surtout de la part de quelqu’un qui n’a jamais eu à se trouver dans ces positions de choix cornéliens.La stigmatisation des modes de vie différents par l’Eglise tient toujours du même principe:les fidèles sont des irresponsables hédonistes, qui agissent ainsi par plaisir ou comodité! ce qui appelle une autre remarque:le besoin urgent de formation des prêtres.
    mais je comprends l’inquiétude d’Anne, sur un autre axe :j’ai vu l’an dernier un reportage intitulé:le divorce après 50 ans n’est plus un tabou ! C’est à dire que la société civile présente , à l’opposé, toujours comme un progrès , ce qui là, peut être commandé par une violence egoïste(pas systématiquement, évidement)Les divorces-express,précoces, ou tardifs,seraient le signe d’une évolution de la société !!
    Et c’est là, entre ces deux pôles, que nous avons à nous situer.Michelle

    #986

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