Noël à la rue
Ces nombreuses crèches que Noël fait revenir et qui prennent place dans nos maisons et nos églises, bien à l’abri, bien au chaud, nous font oublier que la crèche est un lieu d’une extrême précarité, ouvert à tous les courants d’air, comme le rappelle la Pastorale des Santons de Provence.
Pourtant, elles devraient nous inviter à nous laisser troubler par un petit son de cloche discordant au milieu des réjouissances: toutes les associations d’aide aux plus démunis annoncent un nombre sans cesse plus grand de femmes (et d’enfants) jetés à la rue, en ces lieux encore plus précaires, ouverts eux aussi à tous les courants d’air.
On ne se retrouve pas à la rue du jour au lendemain ; c’est un parcours descendant qui commence toujours par la perte d’un logement, familial, conjugal, ou personnel.
Des jeunes filles au chômage qui vivent sous le toit de parents eux mêmes en difficulté, partent à l’issue d’une éniéme dispute sur les charges à partager, des femmes victimes de violence ne savent pas toujours qu’un jugement en référé peut leur garantir de garder leur logement, une expulsion locative n’a pu être empêchée…..
La première case de ce terrible jeu de l’Oie, c’est l’hébergement par des amis.
Pleins de bonne volonté au début, les hébergeants commencent à se lasser au bout du deuxiéme ou troisiéme mois de cohabitation. Cette situation peut perturber leur vie de couple, de famille, poser des petits problèmes de vie quotidienne qui deviennent pesants à la longue. Car ce ne sont pas les mieux logés et les plus fortunés qui sont les plus généreux, loin de là ! En 2008, la moitié des personnes hébergées en région parisienne l’étaient dans un deux pièces ou un 2/3 pièces… voire un studio ! Parfois, des arrangements permettent que la situation perdure un peu plus longtemps : l’hébergé va chercher les enfants à l’école, fait le ménage, va s’occuper du parent âgé de l’hébergeant. Mais cela handicape sa recherche d’emploi salarié en le rendant moins disponible. On tourne en rond. Lorsque l’hébergée a des enfants, c’est encore plus difficile : ils font du bruit, ont de petites maladies, pleurent, se battent- comme tous les enfants-mais dans 40 m², c’est moins supportable.
Alors, certains hébergeants viennent honnêtement confier aux services sociaux :
« Je n’en peux plus, son bébé pleure deux fois par nuit, et je dois me lever à 5 h du matin pour aller bosser. Je sens que si ça continue, je vais lui dire de partir ! »
A ce moment là, la rue se rapproche.
Pas de baguette magique, hélas pour les travailleurs sociaux, qui n’ont que les moyens qu’on leur donne. La loi DALO (loi sur le droit au logement opposable) est bloquée, sur 9000 demandes dés le début du dispositif, seuls 1500 logements étaient disponibles.
Certaines communes de banlieue préfèrent payer l’amende que construire des logements sociaux. Et le rythme de la construction ne suit pas la ronde infernale de la précarisation.
Les dispositifs de foyers d’hébergement, d’urgence ou non, sont saturés. Leur prise en charge est en principe limitée. La promiscuité y est moins pénible qu’autrefois, car on en a construit ou aménagé de plus spacieux. Mais les règlements sont encore peu adaptés à la réalité moderne.
Passer une nuit dans certains centres d’hébergement et de réinsertion sociale est carrément une épreuve : manque total d’intimité, couvertures rêches, voisines de lits qui crient ou agressent parce qu’elles vont mal (la corrélation entre maladie mentale et errance est un autre débat).
Alors arrive vite la dernière case : le jour où, en se levant, on ne sait pas où on dormira le soir.
Avec des enfants, c’est insupportable.
Certains directeurs d’hôpitaux, devant la saturation du 115, ouvrent des chambres disponibles pour les enfants, et laissent les mères dormir en salle d’attente ; l’hôpital reprend sa vocation d’hospice, est ce bien cela que nous voulons ?
Les femmes sans domicile sont plus vulnérables. Elles risquent davantage les propositions d’hébergement intéressées, la mise en situation de prostitution, l’exploitation.
En cette fin d’année, plusieurs organismes caritatifs appellent à la solidarité pour continuer à créer des foyers de jeunes filles et de jeunes femmes chaleureux et préparant l’avenir.
N’oublions pas que le plus beau cadeau à faire à des femmes en difficulté, c’est un toit sur la tête, un projet pour demain. Mais pour elles, pas de téléthon, pas de discours tonitruant, juste une petite sonnerie discrète à laquelle je voudrais donner de l’écho.
Les femmes de la rue n’ont pas internet, elles ne me liront pas. Mais vous, si….
Michelle C. Drouault.


Petite info reçue de l’aumônerie de prison de Fleury-Mérogis que je ne peux garder pour moi.
Au centre des jeunes détenus de la prison de Fleury-Mérogis, un détenu, jeune, donc, a été touché par la campagne médiatique de la Banque alimentaire. Il souhaite pouvoir lui aussi s’y associer et même associer les autres détenus de son bâtiment. Il en parle avec un surveillant et décident ensemble d’en parler à l’aumônier, pour trouver « quelqu’un » qui puisse relayer le projet en interne (collecte en détention) et en externe (destinataire).
Il souhaite créer cela car il a été sensible à la détresse des gens dans la rue qui n’ont rien « y a même des enfants ! » et « un jour sera peut-être notre tour d’en avoir besoin ».
Le lendemain, il en parle « en promenade et à la fenêtre » et recueille un grand enthousiasme des codétenus sur ce projet.
Le directeur est avisé, il donne un accord de principe, sous quelques réserves de forme. Une petite affichette pour « information à la population pénale » est crée, validée par le chef de détention ; une association en contact avec les « plus démunis » est trouvée.
Dès le samedi 1ier décembre, les affichettes sont en place en détention, et le mardi suivant c’est sept grands sacs cabas, qui prennent le chemin de leurs bénéficiaires. (Les personnes détenues ont une sorte de boutique où ils achètent des produits de première nécessité). Une lettre de remerciements est ensuite adressée aux détenus. Tous ces éléments sont affichés en détention.
Et voici, pour finir, le mot de l’aumônier : « Disons le franchement malgré les difficultés, les critiques, et le travail supplémentaire en cette période chargée, au vu de la joie, de l’enthousiasme et de la fierté des personnes détenus qui m’aidaient, quand je suis reparti avec mes sept sacs pour les remettre au lieu de distribution « aux plus démunis » j’avais l’impression d’avoir devancé de quelques jours le Père Noël des deux côtés des barreaux. »
Cette article me rappelle le cri de l’abbé Pierre pendant l’hiver 54 auprès de la population et du gouvernement. Il voulait créer d’urgence des hébergements pour qu’il n’y ait plus ce qu’il a vu: Une mère et son enfant mort de froid dans la rue.
L’évolution du confort moderne nous fait souvent oublier que la vie des sans abris est toujours la même depuis cette époque.
Merci pour ce commentaire formidable sur la solidarité des détenus! et merci à celui qui a transmis l’information.
Etre libre d’être solidaires, c’est déjà une avancée…