SOS pour l’Eglise d’aujourd’hui

Jeudi 1 octobre 2009
Par xavier

Henri Boulad SJ

Quand un prêtre jésuite égypto-libanais, catholique de rite oriental, professeur de théologie,

qui a tenu d’aussi importantes charges tant au sein de sa Congrégation (supérieur d’Alexandrie, supérieur régional d’Egypte, président de tous les supérieurs religieux d’instituts, recteur du grand Collège de la Sainte Famille du Caire),  qu’au sein de l’Église (à un niveau national et international), pendant de nombreuses années,

est amené à écrire une lettre personnelle au pape Benoit XVI, en 2007, et que l’on peut consulter sur le site suivant :

http://www.culture-et-foi.com/critique/henri_boulad.htm

On ne peut être que saisi que par un profond choc qui conduit au silence et à la réflexion, avec gravité et profondeur.

Non, ce n’est pas la lettre d’un illuminé mais bien de quelqu’un de profondément responsable et d’exigeant vis à vis de son Église où il a risqué et investi toute sa vie. Cette Église qu’il connait très bien du niveau le plus local jusqu’en ses dimensions internationales, dans une connaissance très fine des cultures tant Occidentale qu’Orientale.

Ce genre de lettre, on ne l’écrit pas avec légèreté ni de gaité de cœur mais parce que l’on est conscient à l’intime de l’intime d’un drame qui est entrain de se jouer. Et qui n’est ni plus ni moins que l’avenir de l’Église, de la pertinence de son inscription au cœur de notre humanité dans le temps qui est le nôtre. Ce genre de lettre, on ne l’écrit qu’une ou deux fois dans une vie. Mais parce qu’on a la conscience, extrêmement vive, d’un moment décisif qui se joue maintenant et qui ne peut être reporté à demain. Un « Kaïros » dirait-on dans certains cercles…

C’est une profonde leçon de « devoir de conscience » qui nous est donnée ici. Une profonde leçon d’obéissance au sens le plus noble et le plus évangélique qui soit : oser dire le Réel tel qu’il se donne à percevoir, sans condescendance ni travestissement ; et le faire connaitre à son supérieur, ici en l’occurrence le Pape, chef de l’Église catholique romaine. Simplement et totalement. Un Réel que l’on ne peut taire sinon en le trahissant. Un Réel qui nous oblige nous-mêmes à réagir, à bouger, pour s’ajuster.

Nous pouvons prendre le temps de peser la gravité d’une telle parole émergeant de la vie d’un homme, après un si long itinéraire de service et de fidélité sans faille.

Cette prise de parole, cette interpellation dans la plus stricte obéissance et le plus grand amour de l’Église, vient interpeller notre propre parole, notre propre engagement.

Lorsque l’expérience qui est la nôtre, même si elle est plus réduite, plus limitée localement, nous conduit cependant, en conscience, à la même perception et nous touche de la même manière, jusqu’à nous faire saigner le cœur ; alors non seulement nous avons à le faire savoir mais nous devons prendre les moyens pour le faire entendre.

C’est ainsi que nous trouvons une très impressionnante et exigeante mise en pratique du Canon 212 § 3 du Code de Droit Canonique de l’Église dont se réclame notre Comité :  « Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, [les fidèles] ont le droit et parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauvent l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux Pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes.« 

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3 commentaires sur “SOS pour l’Eglise d’aujourd’hui”

  1. Cette lettre est impressionnante de vérité. Que dire plutôt: criante de vérité! Elle est d’une lucidité qui fait froid dans le dos. Tout ce que l’on dit, ce que l’on sent est écrit là, par une personne qui, espérons-le a plus de poids que le commun des baptisé qui met (encore pour longtemps?) les pieds dans une église. Le diagnostic est impitoyable. On comprend sa détresse et notre détresse de petit à petit habiter une maison qui se vide de son contenu (le spirituel) pour ne rester sur des murs que l’on pense solides mais dont on sait qu’ils sont vermoulus. Les fondations sont bonnes car plus que jamais les chrétiens ont à témoigner chaque jour de la Parole, mais il faut casser certains murs et ravaler la façade. Témoins et bâtisseurs, voilà notre mission ;)

    #45
  2. Lorenzo Rizzi

    Bonjour et merci d’avoir présenté la lettre du père Boulad. Néanmoins, vous avez vous-même rappelé la date: 2007! Est-ce que ce n’est pas particulièrement désolant qu’un appel aussi prophétique n’ait eu finalement que très très peu d’écho? Ne doit-on pas lire « entre les lignes » de ce grand silence que toutes les analyses du père Boulad sont déclarées fausses ou, à tout le moins, inutiles par le pape d’abord et puis par les autorités ecclésiales?
    Pour ma part, j’avoue que je me suis fait une raison et que je fais le « dos rond » en attendant des jours meilleurs… Le pire de la « descente » est encore à venir, je le crains. J’espère juste ne pas faire partie des victimes…

    #58
  3. Jean-Pierre

    Merci hélas à H Boulad, mais as-t-il eu une réaction d’un son proche de BXVI, et si oui autre chose qu’une mise en garde? Si j’en crois l’intuition de Lorenzo: aucune réponse.
    Bravo à Estelle pour son optimisme mais c’est les fondations qu’il faudrait reprendre largement (revoir les apports de Paul par exemple et ceux de bien des pères de l’église) et jeter beaucoup. Quant à moi, il est trop tard, j’en sais trop sur le système clérical pour avoir préservé une once de foi en l’église (pas l’Eglise qui est un mystère qui va bien au delà des baptisés). J’essaie de préserver l’espérance, c’est bien difficile, le journal d’Yves Congar m’y aide: Journal d’un théologien (1946-1956), Paris, Cerf, 2000.

    #287

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