Vidéos Bien dans ma foi : L’apologie du masculin, pour une Église de mâles

Auteur.e: 
Frédérique Zahnd pour le Comité de la jupe
Date: 
19/02/2020

Une série Bien dans ma foi vient de paraître à la demande de la Conférence des Évêques de France. Elle est composée de huit épisodes de 2 mn, traitant chacun d’un sujet différent : Dieu, La Bible, L’Église, Marie… Ces vidéos ont pour objectif d’être « pour les adolescents une porte d’entrée afin d’aborder en quelques minutes les fondements de la foi catholique ». Eh bien, pour le Comité de la Jupe, aucun doute : ces fondements sont bien ceux du patriarcat ! Décidément le passé n’en finit pas de cadenasser le présent.

En découvrant les vidéos Bien dans ma foi, alors que l’actualité féministe bat son plein, le Comité de la Jupe se demande vraiment sur quelle planète vivent les évêques. L’auteur, Amaru Cazenave, explique qu’il veut « partager le Christ à ses potes comme un bon plan ». C’est formidable. Mais est-ce aussi un bon plan pour ses potesses ? On peut en douter… sauf s’il nous prépare une flamboyante deuxième saison : la saison filles ! Parce que pour l’instant, au niveau gonzesses, c’est le désert ! Masculinité massive ! Criante absence de femmes !

Une chèvre, sinon rien

Le personnage principal est toujours un adolescent mâle ; ça ne s’adresse qu’aux garçons. Exemple, dans l’épisode intitulé L’Église, on ne voit strictement que des hommes, dont certains ont une vocation pour aider les autres à progresser dans la foi : pape, évêques, prêtres et diacres, qui se mettent au service de la communauté. Pas de religieuses, pas de dames de caté, pas de femmes en aumônerie, rien. Cette Église est un fief de mâles. À croire qu’ils l’ont fait exprès pour contrer la bien réelle féminisation de l’Église. Pas même de Castafiore au moins, comme dans Tintin ! Autre exemple, l’épisode sur Jésus : absolument zéro femmes ! Ma parole, on n’a pas lu les mêmes évangiles ! Prenons l’épisode sur Dieu : deux silhouettes de femmes dans une foule. On progresse. L’épisode sur la prière : une vieille en noir qui dit son chapelet ; ça donne envie. L’épisode sur la Bible : trois chèvres, dont l’une est en train de dévorer le parchemin qu’un scribe savant et sérieusement burné vient de copier laborieusement. Bref, c’est ahurissant. Que les évêques se préoccupent de la communication ecclésiale, c’est bien. Qu’ils s’entourent aussi de la seconde moitié de l’humanité quand ils s’aventurent sur un tel projet, ce serait mieux… sauf à apparaître une fois de plus aujourd’hui comme une citadelle de mâles entre eux.

« Dieu le Père » en vieillard barbu

Que dire de la scandaleuse masculinisation de Dieu ? Je veux bien que, dictés par le format minimal de la vidéo de 2 mn, certains choix soient caricaturaux. Admettons aussi que l’iconographie ancienne le fasse. Mais depuis quand ne représente-t-on plus Dieu comme un vieillard à longue barbe blanche ? Depuis le concile de Trente, qui l’a interdit en 1563 ! Car d’une part la représentation anthropomorphique de « Dieu le père » induit trois personnes, donc trois dieux, ce qui nous vaut les critiques des musulmans. D’autre part, l’iconographie, ce n’est pas la Bible, où le genre de Dieu est loin d’être déterminé. Ce que traduit la théologienne américaine Mary Daly en disant : « si Dieu est mâle… alors les hommes sont dieux ! » Ah, on comprend mieux pourquoi toutes les vidéos de cette série font implicitement l’apologie du masculin !

Marie en mégère

Comment ces rares silhouettes féminines sont-elles représentées ? Trois chèvres, une mariée, une mère avec un bébé, une vieille veuve comme on n’en fait plus. Et Marie me direz-vous ? Peut-on escamoter si facilement ce pilier du catholicisme ? La transformer en femme à barbe ? Non bien sûr. Marie a son propre épisode, avec une place bien à elle : elle est MAMAN. La maman de Jésus, certes, mais pas seulement : « Nous pouvons tous voir en Marie la maman que nous avons connue ou qu’on s’imagine. » Ah ! Les prêtres et leur maman-Marie ! Et pour bien montrer qu’« elle a vécu sur terre comme chacun de nous », elle paraît, clou du spectacle, échevelée et grognante, dans la chambre de son rejeton, un vrai chantier jonché de chaussettes apparemment puantes, affublée d’un tablier où l’on peut lire les mots : « Fée du logis ». Ça ne s’invente pas. Les filles, la belle intelligence que Dieu vous a donnée, utilisez-la pour laver les chaussettes des garçons.

L’interreligieux : « Touche pas au grisbi, salope ! »

Sur le site de la Conférence des évêques de France, on lit que les vidéos « répondent à une demande du Conseil pour les relations interreligieuses ». De plus « les fiches qui accompagnent ces vidéos permettent d’avoir des clés de compréhension quand des questions surviennent dans le dialogue avec les jeunes musulmans. » Ah bon ? Les jeunes mâles sans doute. Car dans l’épisode intitulé dialogue interreligieux, on ne voit que des hommes en position dautorité : UN prêtre, UN imam, UN rabbin, UN pope, UN brahmane, UN lama… Comme s’ils étaient les seuls à pouvoir décréter la paix (et corrélativement les seuls à pouvoir entrer en conflit) ! Les femmes n’ont-elles pas leur rôle à jouer dans la paix ? Ah si, mais seulement à l’école maternelle, car on voit une maman, une maîtresse et une petite fille à la sortie de l’école. Et à la fin de la vidéo, tout de même, une qui a fait un petit boulot en Inde : Mère Teresa à Calcutta.
Doit-on lire dans cette représentation de l’autorité les positions rétrogrades du Renouveau ? Car c’est en effet aussi à la demande du « Conseil pour les nouveaux courants religieux de la CEF » (entendons le Renouveau) que répondent les vidéos. À l’heure où entrer en dialogue, c’est aussi prévenir le terrorisme, il serait utile de se souvenir que les radicalisations concernent tout autant les filles que les garçons.Alors oui, certes on ne doute pas qu’à certains sympathiques courants fondamentalistes musulmans, eux aussi fortement barbus, ces vidéos vont être parfaitement compréhensibles ! Mais on ne doute pas non plus qu’il eût mieux valu se rapprocher de l’islam des Lumières, moderne et féministe, qui cherche aujourd’hui à être reconnu et entendu.

Conclusion : absence des femmes, Dieu barbu, Marie en tablier, dialogue entre mecs : chers évêques de France, vous ressemblez décidément au général Alcazar de L’Oreille Cassée, alternativement dictateur et traine-savate. Avec ces vidéos, une fois de plus vous pouvez dire comme lui : « Caramba, encore raté ! »

Frédérique Zahnd, pour le Comité de la Jupe